[CR] Quattro Compari - aventures à Ciudalia, d'après le roman Gagner la guerre (motorisé sous Epées & Voleurs)

Critiques de Jeu, Comptes rendus et retour d'expérience
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Doji Satori
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Épisode 86 Les pique-lits blinders 


Ettore a une équipe plus que réduite et encore la moitié des livraisons de Pidocchi à faire. Il prend une trentaine de florins dans la caisse commune et fait un détour chez les Carpone. Scimmia part en éclaireur vers l’Hirondelle après avoir demandé la direction. Sur le trajet, un jeune Carpone aperçoit le groupe et s’approche.
c/ Tu cherches quelque chose Ettore ?
E/ Oui, des Carpone. J’allais voir Argante et Natale, j’ai un boulot à proposer.
c/ Et t’embauches où ?
E/ Ici, maintenant.
c/ Et c’est payé combien ?
E/ Ça dépend de combien seront partant.
c/ C’est payé en groupe ?
E/ Oui, je vais pas faire la monnaie Pour ça que je demande après Argante.
c/ Je vais les prévenir, on se rejoint où ?
E/ L’hirondelle.

Arrivé sur place, il attend. Argante, Natale et quatre autres Carpone se pointent.
AC/ Bonsoir Ettore.
E/ Bonsoir Argante.
E/ La déesse vous bénisse. J’ai besoin d’une escorte pour des transferts. Vous avez vu que Pido s’est fait larder et il était sur un boulot que je dois finir.
NC/ On a vu en effet, j’étais sur place.
AC/ C’est pour quand ?
E/ De nuit, cette nuit. La moitié de la part de Pido, vingt florins, juste ce soir m’escorter le temps de finir ce qu’il a pas fini dans la journée.
AC/ On s’organise comment ?
E/ J’ai des éclaireurs devant, derrière. Juste besoin qu’on soit plus pour dissuader les quatre de ce matin.
Argante consulte les autres Carpone du regard. Les cinq opinent du chef.
AC/ C’est bon pour nous. Faut qu’on aille s’équiper et ensuite on se retrouve, mais pas ici …
Y’a que Natale qui viendra te chercher pour pas que ça jase.
NC/ Sinon on se retrouve au Bœuf ?
E/ Là ou Sorizo faisait le garde au coin de la rue, ça gêne personne.

Tout le monde est là au point de rendez-vous plus ou moins à l’heure et il envoie sa patrouille devant et lance sa série de livraisons. Deux sans encombres avant d'aller vers un entrepôt sur le port d’un client des Ducatore dont la porte avant est fermée pour la nuit.
Pour plus de discrétion, Ettore décide d’aller sur l’arrière du bâtiment des fois que la marchandise à livrer y soit en attente. Tout le monde est sur ses gardes et ça permet de détecter une embuscade. Est-ce qu’on les attend ici aussi ou le piège est à l’intérieur ? A un détail prêt, le reflet d’une boucle d’oreille et la silhouette qui correspond, c’est le Lupo de Ducatore qui fait le planton et semble les espionner. Il a changé de camp ? Ça expliquerait l’embuscade chez le charpentier.

Ettore choisit d’envoyer Lurido poser la question à l’ombre qui dépasse de l’angle de la rue ce qu’il fout là de la part d’Ettore.
Réponse lointaine suffisamment sonore dans le silence des docks.
lupo/ Enfoiré.
l/ Ettore ?
Ce dernier fait signe en réponse à son nom et invite Lupo à venir le rejoindre.
l/ Vite, faut pas rester dans le coin, y’a contre ordre. Rapport à une diversion que sa seigneurie organise sur les quais au niveau des entrepôts de marchandises.
l/ Aux dernières nouvelles, tes tournées étaient toutes faites mais pas celles de Pidocchi.
E/ Il s’est fait percer chez le charpentier.
l/ Percer ! Percer ?
E/ Oui, on vous dit que c’est la merde. Y’en avait quatre chez le charpentier qui l’attendaient. Ils savaient que ça allait être livré et ils avaient pris en otages, la femme et les gamins.
Lupo, nerveux, coupe court aux explications et tend un papier.
l/ Voila les nouvelles consignes, y’a des lieux et des mots de code qu’ont changé vu l’heure.
E/ Faut vraiment tout caser cette nuit ?
l/ Pidocchi t’as pas affranchi ?
E/ Il a déjà du mal à respirer.
l/ Pido t’as pas affranchi. 
C’est tout ou rien qu’on m’a dit d’vous répéter. Si c’est pas fait y’a pas d’argent.
l/ Si t’as pas d’autres questions, je te laisse.
E/ Si tu as d’autres changements, tu nous trouves selon votre plan.
Lupo lève sa lampe pour essayer d’identifier les personnes accompagnant Ettore mais ce dernier interrompt le geste.
E/ Tu comptes le nombre, tu regardes pas les têtes. Quatre petits, deux maigres, six porteurs, ça court pas les rues cette nuit.
l/ T’as pas l’air d’être au jus pour cet après-midi, ça s’est expliqué avec les Mastiggia dans Torrescella. Ça s’est fritté et le sang a coulé.
l/ Tu donneras le bonjour à Lupo.
E/ J’allais te dire la même chose mais on va pas lâcher trop de noms devant des inconnus.

Le plan de transfert a changé mais avec ses souriceaux plus une escorte Carpone, le groupe décourage les filous de base et évite les patrouilles. La première partie de la nuit permet d’évacuer la moitié des tâches.


Speranza renonce à se planquer dans le grenier des Stoccata pour attendre les heures les plus avancées de la nuit car elle sait qu’elle succomberait à sa narcolepsie. 
Estimant une faible chance que Teobaldo boive son verre de vin et les ingrédients supplémentaires avec, elle décide d’endormir toute la maisonnée. Pour les laxatifs, possible qu’elle attende l’avis de Demestilla. 
Soporiser tout ce monde là, c’est quelques gouttes à chacun en commençant par les plus proches de la chambre maritale. Commencer par le grand-père mais laisser les enfants hors de ça. Elle passe ensuite au rez-de chaussé pour endormir les serviteurs en prenant son temps. Le stress et le plaisir de ce jeu de distribution de gouttes de sommeil à une quinzaine de personnes la tiennent suffisamment éveillée. 
Elle crochète à nouveau la chambre des parents et une fois Teobaldo drogué à son tour elle réveille Demestilla.
Speranza a réduit la lumière de sa lampe sourde pour juste lui laisser voir son visage. Demestilla se redresse vivement mais est contrainte par ses liens.
Son regard fait le tour de la pièce. Teobaldo ne réagissant pas, elle reste silencieuse, son regard affolé laisse place à une maîtrise calme.

S/ Normalement, il devrait pas se réveiller.
DS/ Vous l’avez tué ?
S/ Pas du tout. Non, vous voulez ?
DS/ Non.
DS/ Non, bien sûr que non.
S/ C’est lui qui vous a mis dans cet état ?
DS/ Oui.
S/ Vous envisagez la suite comment maintenant ?
DS/ Comment ça ? Quelle suite ?
S/ Vous voulez rester là ?
DS/ Parce que vous proposez quoi ?
S/ Fini la vie de princesse, je peux vous emmener avec ou sans vos enfants selon vos envies. Fini les belles robes, fini la vie de château.
DS/ C’est Ettore qui vous envoie ?
S/ Pas du tout et vaut mieux pas qu’il le sache sinon il viendrait crever son frère.
S/ Là c’est pas pour lui, c’est une décision pour vous.
DS/ Vous avez raison pour Ettore, il vaut mieux qu’il ne sache pas
DS/ Et vous m’emmèneriez ou ?
S/ Dans un endroit où votre mari viendra pas vous chercher. Et c’est très bien qu’Ettore soit pas au courant parce que c’est chez lui qu’ils vont aller vous chercher. J’imagine que c’est pour ça que vous avez pris une rouste. Il le croit toujours mort ?
DS/ Il y a des rumeurs venant des serviteurs qui l’auraient vu dans cette rue … J’ai acheté le silence de celui qui l’a reconnu mais je pense que mon beau-père sait qu’Ettore est à Ciudalia car il a changé d’attitude avec moi.
S/ C’est Teobaldo ou son père qui vous a frappé ?
DS/ Mon beau-père ignore cette situation.
S/ Il ignore ou il fait semblant ?
DS/ Dans cette société, personne ne se mêle des affaires entre mari et femme.
S/ Vous continuez comme ça ou vous tenez votre chance autrement ?

DS/ Je veux bien tenter.
S/ Y’a de fortes chances que vous revoyez jamais Ettore pour sa sécurité.
S/ Vu comment vous êtes attachée, vous allez être traquée.
DS/ Je ne connais rien en dehors de Ciudalia et je ne sais pas où vous comptez m’emmener.
S/ Pour le moment, vous êtes attachée, je vous offre un choix de quitter votre vie et vous en faire une nouvelle.
DS/ C'est-à-dire ?
S/ Vous en créer une nouvelle. Est-ce que vous êtes prête à ça ?
DS/ Je n’ai jamais réfléchi à cette question … 
Je ne veux pas rester auprès de Teobaldo mais je ne peux pas emmener mes enfants vers une nouvelle vie sans savoir où et comment pour leur sécurité. Je ne peux emmener mes enfants sans leur avis …
S/ Là, les gens dorment. Vous avez du temps pour réfléchir, si vous emmenez vos enfants ou pas. Je vous dit pas que c’est facile.
DS/ Non, ce n’est pas facile.
S/ Après, vu la situation actuelle, au moindre écart il est capable de vous tuer.
DS/ Absolument, me tuer et tuer mon amant, tuer Ettore.
S/ Ettore sait se défendre, c’est un grand garçon.
DS/ Le risque est qu’Ettore tue son frère … Il ne l’a pas affronté il  y a cinq ans, il a préféré s’effacer parce qu’à ce moment-là, c’était la seule solution pour lui.
S/ Savoir ce qu’Ettore pense, ça lui appartient. Juste pas envie qu’il se trouve dans cette situation de ce genre.
S/ Vous allez réfléchir à votre situation au lieu de blablater sur celle d’Ettore ? C’est de votre cas qu’on parle. Est-ce que vous voulez partir ? Est ce que vos enfants sont en danger avec leur père ?
DS/ Non, ils ne sont pas en danger à Ciudalia et même s’il y a des troubles, la famille Stoccata ne sera pas menacée, elle a jusqu’à présent réussi à rester neutre dans ces conflits politiques.
DS/ Si je m'enfuis avec mes enfants, cela incitera davantage Teobaldo à me poursuivre. 
DS/ Je vous confirme que je vais partir, mais je vous en prie, j’ai besoin d’en savoir davantage pour décider si mes enfants m’accompagnent.
S/ J’ai pas pris les devants parce que j’ai eu une intuition et quand je vous ai vu dans cet état là, je me suis dit que si j’attendais deux jours je pouvais vous retrouver morte donc je vous emmène chez des voisins et alliés. Un clan de femmes qui se laissent pas marcher sur les pieds et après on pourra décider plus de ce que vous voulez faire de votre vie.
DS/ Ça me convient. Pouvez vous me détacher ?
S/ Prenez le minimum d’affaires.
Demestilla est certainement resté attachée longtemps. Son corps est ankylosée lors de ce réveil en pleine nuit, elle peine à se redresser et se lever.
Speranza en profite pour ajouter encore du somnifère et quelques gouttes de celui qui rend malade à Teobaldo. Elles doivent s’y prendre à deux pour trainer Teobaldo jusqu’au lit, là ou il avait laissé sa femme. Speranza l’attache puis enlève les frusques du dormeur et rajoute encore quelques gouttes du Compari que Pido utilise pour donner des chiasses d’enfer.
Demestilla récupère la partie pratique de sa garde robe. Elle récupère ses bijoux et l’escarcelle de Teobaldo.
S/ Y’a des pièces dans la maison ?
DS/ Cet argent est celui de mon beau-père. Teobaldo ne possède rien en son nom propre.
S/ On fera comme lui, on dira qu’on a rien vu.
DS/ Dans son bureau.
S/ En échange, vous laissez vos bijoux car ils peuvent vous trahir.
S/ Si vous voulez embrasser vos enfants c’est le moment.
En même temps que l’argent de Teobaldo, Demestilla a pris la clé de la porte de la chambre qu’elle fermera derrière elles. Elles passent par les chambres des enfants, un dernier au revoir silencieux, surtout ne pas les réveiller.
Les deux femmes partent par la cour arrière qui donne sur un escalier en direction du port.  Speranza la guide furtivement en prenant quelquefois de l’avance pour s’assurer que la voie est libre, jusqu’à la maison des Morelli.
Cela a été très compliqué de dire au revoir à ses enfants et tout le long du chemin les larmes vont continuer de couler malgré la main que lui prend parfois Speranza. Souvenirs d’une époque ou elle-même a laissé les siens derrière elle.

Quelques heures avant le jour, Speranza lance quelques petits cailloux sur les volets du magasin.
NM/ Qu’est ce que c’est encore que ce bordel ?
Pauvre Nour, quelle nuit !
S/ C’est Speranza, j’ai besoin d’aide.
NM/ Tous les Compari vont venir ou quoi ?
S/ J’espère bien que non.
NM/ Je descends.
S/ Merci Nour.

Ça prend un peu de temps surtout du point de vue de celles qui attendent dans la ruelle.
Derrière Nour, Stella est debout aussi.
S/ Désolée de vous déranger à une heure aussi tardive mais j’ai une urgence.
Elle fait passer Demestilla devant elle.
S/ C’est pour elle pas pour moi.
Elle entre dans la lumière, découvrant le visage de Demestilla qui sous la capuche laisse apparaître quelques hématomes.
S/ La jeune femme était dans une situation dangereuse et je me demandai si vous accepteriez de lui venir en aide.
SM/ Mais bien sûr ma chérie on va s’occuper de vous deux.
S/ C’est juste elle, pas moi.
S/ Je l’ai trouvée attachée à son lit rouée de coups, je pouvais pas la laisser comme ça.
SM/ Suivez moi toutes les deux, Nour reste ici et surveille les bruits de la rue.
S/ On a été discrètes.
SM/ Bien sûr mais deux précautions valent mieux qu’une.
Stella les emmène dans son arrière-salle où elle reçoit habituellement.
S/ Y’a un problème ?
SM/ Tu es pressée ?
S/ Un peu, j’ai des trucs à faire.
SM/ Avant tout pouvez vous me donner plus d’informations sur votre situation ?
S/ Je pense que tu peux lui parler librement.
SM/ Encore heureux.
S/ C’est pas écrit sur votre front.
La matriarche Morelli sourit.
SM/ Pourtant tu amené cette jeune femme ici, c’est que tu as confiance.
Stella fait chauffer de l’eau et ajoute quelques plantes pour une décoction de son cru.
Demestilla raconte sans rentrer dans les détails en regardant Speranza au cas où elle voudrait ajouter autre chose. Un grave problème avec son mari, son infidélité, son nom mais sans détails excessifs.
Stella trottine dans la pièce en préparant sa boisson pendant le temps du récit.
L’hésitation vient au moment de mentionner que son amant est le frère de son mari et qu’elle craint trop de représailles pour aller le retrouver, sans compter qu’elle ne sait même pas s’il l’accepterait auprès de lui.
Speranza fait semblant de jouer du violon sur cette réplique.
DS/ La dernière fois que nous nous sommes vus, il m’a rejeté …
S/ C’est ça oui ..
Stella est passé derrière Demestillla et sourit en tirant la langue à Speranza. Un mot muet lisible sur les lèvres de Stella « salope » à destination de Speranza qui sera choquée.
Stella revient auprès de la table basse et sert une décoction à toutes les trois. Trois tasses que chacune va boire à son rythme. Stella parle de sa famille à Demestilla.
SM/ Nous sommes les Morelli, nous estimons que la femme a le droit de choisir son conjoint. 
Speranza vous a amené pour qu’on vous protège. Pour vos enfants nous verrons bien par la suite et nous verrons bien pour votre amant dont le prénom est ... Ettore ?
Pas un sourcil ne bronche sur le visage de Speranza.
Ne lisant pas de réponse sur le visage de Speranza, Stella se tourne vers Demestilla qui  confirme que c’est bien celui connu sous le nom des Compari.
SM/ Nour, guide notre invitée vers sa chambre en haut.
SM/ Bois ta tisane Speranza.
S/ C’est gentil mais j’aime pas.
SM/ Ce n’est pas très aimable, une invitée qui refuse une boisson offerte.
S/ Faut pas offrir des trucs dégueulasses.
SM/ T’as pas goûté.
SM/ Bonne nuit Demestilla. Nour, accompagne-la à l’étage.
DS/ Encore merci Speranza pour tout ce que vous avez fait. Je croyais que vous étiez contre moi et je me suis lourdement trompée.
S/ Je suis contre personne mais j’aime pas les conneries.
DS/ Bonne nuit mesdames
S/ Le plus dur reste à faire, c’est pas facile une nouvelle vie.
SM/ N’écoutez pas Speranza, laissez vous guider par l’amour. Vous êtes notre invitée, n’ayez crainte.
Les deux jeunes femmes montent l’escalier.
Stella se retourne vers Speranza avec un air subitement fâché.

SM/ Mais quand quelqu'un se noie, tu lui mets la tête sous l’eau ?
S/ Pourquoi ?
SM/ Tu manques d’empathie à ce point ?
S/ Qu’est ce que j’ai fait ?
SM/ Tu ne dis pas à quelqu’un qui quitte ses enfants, que ça sera sombre enfin !
S/ L’avenir c’est de la merde, autant qu’elle le sache.
SM/ Bois ta tisane.
SM/ Tu sais que Lupo est venu ici ?
S/ Non, pourquoi ? Il avait quelqu’un à sauter dans le coin ?
SM/ Il était inquiet pour toi. Il m’a dit que tu avais vécu quelque chose d’étrange dans tes rêves.
S/ Tout va bien, c’est bon.
SM/ En es-tu sûre ? Qu’est ce qui te permet de dire ça ?
S/ C’est pas tout ça, j’ai des trucs à faire
Elle se lève.
SM/ Speranza, ne m’oblige pas à prendre des mesures.
S/ Quelles mesures ?
SM/ Voir si tu es en danger par rapport à tes expériences dans tes rêves.
S/ J’ai pas vécu d’expérience.
S/ Il parle, il parle mais il invente.
SM/ Est-ce que tu m’autorise à ...
S/ Non.
SM/ Tu as confiance en moi pour d’amnener une femme battue mais pas pour toi alors que je suis soigneuse ?
S/ Là, faut d’abord que je prévienne Ettore même si j’ai dit le contraire à Demestilla.
SM/ Mais je dois d’abord vérifier que tu vas bien, je ne ferai rien contre ton gré.
S/ Ben alors me forcez pas à faire un truc que j’ai pas envie de faire, sinon c’est contre mon gré.
La première étape c’est de boire la tisane, surtout si en plus vous avez mis un truc dedans.
SM/ C’est pour savoir si tu es encore sous l’effet d’une magie.

Sortant de derrière un rideau, comme à son habitude Lupo la rattrape par le poignet alors qu’elle tentait de partir.
Profitant de la surprise, il évite au moins un coup réflexe mais elle arrive à se dégager, impossible d’attraper cette anguille.
Stella reste assise et observe pendant que les deux Compari se courent après dans la maison Morelli. Speranza constate que Nour a accumulé tout un bazar devant la porte d’entrée, elle feinte, esquive, volte et file en direction des étages.
Juste avant qu’elle ne se rétablisse sur une poutre  pour essayer de se frayer un chemin dans le toit, Lupo arrive de justesse à attraper ce chat de gouttière. Coup de griffe sous les regards abasourdis de Nour et Demestilla qui mettaient en place un couchage. Speranza est accrochée à une solive mais il a empêché son balancier vers les tuiles qu’elle comptait traverser.

Lupo se tient la main, grimaçant de la douleur d’une morsure plus profonde qu’escompté. 
L/ Nour, balance lui un truc, elle est ensorcelée !
Un jet de chaussure inattendu la déséquilibre.
S/ Aie. Mais tu vois pas qu’il dit n’importe quoi ?
Demestilla ne sait pas quoi faire mais avec l’aide ne Nour, Lupo finit par capturer le fauve, qui crache, peste, griffe, mort, hurle.
Dans un voile de colère, elle sent juste Stella lui poser deux doigts sur le front.
SM/ Dors ma belle.
Aussitôt dit, aussitôt endormie.


Pidocchi est réveillé par un fumet de poisson. De la lumière, une lampe sourde inconnue sur la table de chevet et assise sur le tabouret, Ermina. Ca cause en Jars.
Er/ T’es réveillé gros rat ?
Elle repose le bol froid. Jouant avec un stylet dans sa main gauche. L’avantage est indéniable et toutes armes hors de portée de la moindre envie de Pidocchi.
Er/ Pas un bruit.
P/ Un vrai moulin ici, tout le monde rentre.
Er/ D’un autre côté, y’a pas grand monde chez toi. T’es pas l’amant d’Ettore mais c’est sa sensé être sa chambre, non ?
P/ Pour des raisons pratiques.
Elle pointe une blessure.
P/ Aie.
Er/ Comme ça on essaie de se suicider sur la première lame venue ?
P/ J’ai pas essayé de me faire suicider.
Er/ J’ai ouï dire que tu avais la bénédiction de don Ducatore donc c’est certainement un retour de pendule signé Mastiggia mais je suppose que tu sais déjà que le sang a coulé à Torrescella cet après midi entre les deux familles ?
P/ Torrescella ? Faut m’en dire plus.
Er/ Trois mort à deux seulement mais ça c’est bien cherché à se courir autour, à se provoquer.
Er/ Ça remue en période d’élection mais tu dois t’en douter.
P/ Les élections tombent toujours au mauvais moment.
Er/ Vu que t’es dans la main de Ducatore t’es au courant des conséquences ?
P/ Je bosse temporairement pour lui mais ça va se finir sous peu.
Er/ Il a plutôt tes couilles dans sa main.
P/ J’aime mieux qu’elles soient dans mes chausses.
Er/ Effectivement ça serait bien qu’elles y restent.
Elle glisse sa main armée sous les couvertures.
Er/ Tu te doutes bien que je viens pas par courtoisie ni de ma propre initiative.
Er/ Mon commanditaire m’a dit de passer un message, un message qui doit être compris sans nuance.
Er/ Je te conseille de pas trop bouger quand même.
La lame passe auprès de ses attributs
Er/ Je suis pas contente car don Rosso Dagarella est pas content et il est pas content parce que Le Cagou est pas content, parce qu’il s’est fait remonter les chausses par le Ducatore à propos d’une maison. Ça a énervé Le Cagou qui a énervé Dagarella qui est venu me secouer.
Ils pensaient que tout avait été clair.
P/ De quoi parle tu ?
Er/ Tu devais dire à Ducatore que tu renonçais à cette possession et il y a peu le podestat a rappelé cette demande. S’il répète, c’est que soit tu es revenu à la charge donc tu te fous de Dagarella, du Cagou et de moi vu que je suis là et que j’en ai pas envie, soit il t’a vraiment à la bonne.

Er/ Pas utile que je mette les points sur les I ?
Ça pique le I intime sans faire perler le sang, pourvu qu’elle n’insiste pas.
P/ Je pense que le Ducatore fait pression dans le but de m’offrir une carotte mais c’est une initiative de sa part.
Er/ Aussi Rosso me fait passer un message.
Er/ Est ce que tu souhaites toujours devenir gascatre ou est ce que tu y renonces pour être sous la protection du podestat ?
P/ Dans la situation actuelle, avoue que les choix semblent contraints.
Elle retire le stylet.
P/ Il est difficile d’ignorer la proposition du podestat ce soir.
P/ Nous avons décidé de cesser nos affaires avec le podestat à la fin des affaires en cours.
D’un air un peu las, elle repose la question.
Er/ C’est maison ou gascatre ?
P/ Gascatre. Gascatre.
Er/ Tu sais donc ce que tu dois faire auprès du podestat, cette maison c’est trente mille florins …
P/ C’est une somme.
Er/ C’est ce qu’elle vaut et c’est actuellement la propriété de la guilde qui veut pas s’asseoir sur trente mille florins.
P/ Sauf si je suis membre de la guilde et que j’occupe cette maison.
Elle ricane
Er/ Je suis gascatre et avant que je commissionne pour trente mille j’aurais passé l'âge d’avoir des chiards.
Er/ C’est gascatre ou trente mille florins. C’est pas la crémière et son cul.
La main passe à nouveau sous les draps, mais sans stylet.
P/ Je prends la piste gascatre, nous avons décidé chez les Compari de ne pas continuer avec Ducatore à la fin des affaires en cours.
Elle ressort un autre stylet qui était glissé sous les draps. Décidément, c’est dangereux de dormir.
Er/ Je m’en fous de ce que tu fais ou pas avec le podestat et si tu restes ou pas commissionné, tant que tu assassines pas pour son compte dans le dos de la guilde. La seule question c’est trente mille ou gascatre.
Elle fait une moue
Er/ A la rigueur, si tu as trente mille à filer à la guilde, tu récupères ta cabane à chien mais sinon tu l’as pas et tu es gascatre. 
Je te fais pas de bisous mais bonne convalescence quand même. Ça m’a fait plaisir de te voir.
P/ Presque autant qu’à moi.
Elle se lève
P/ Au fait, ce masque rouge est un gascatre ?
Er/ Non.
P/ Donc pas protégé par la guilde ?
Er/ Non. Tu sais pas qui c’est ?
P/ Pas son nom encore.
Er/ Je te le donne ?
P/ Gracieusement ?
Er/ Tu m’en devras une à titre personnel.
Il opine
Er/ C’est Suario Falci. Un homme dangereux.
Er/ Qui visiblement en a après toi.
P/ Je lui ai subtilisé l’objet de sa mission.
Er/ Il en veut à toute la famille Ducatore et tu bosses pour eux. Il est prêt à te « clouer à une porte »

Er/ Un message ou t’es toujours dans la réflexion mon gros rat ?
P/ Le message à passer est que je suis sur la piste du gascatre.
Er/ Donc notre cagou attend que le podestat lui confirme que cette réflexion n’a plus court.
P/ J’ai bien dit que c’était une initiative du podestat.
Elle hoche la tête, mi-exaspérée, mi riante.
Er/ Arrange-toi vite, ils n’ont pas le même humour que toi.
Er/ Finis ta tisane et couche-toi.
Elle reprend sa lanterne sourde, ses stylets et armée de son arbalète de poing elle repart guidée de sa faible lumière.
Er/ T’inquiète-pas pour le gros chien là-haut, il dort juste.
P/ Ne lui faites pas de mal, ça serait mal pris.
Intimant le silence, elle coupe sa lumière et entrouvre la porte. Quand au bout d’un certain temps, il allume une bougie, il constate qu’elle est partie et a même refermé la porte.


Sur le matin, un peu avant que le soleil se lève, Ettore a fini sa tournée. Il solde les Carpone de vingt cinq florins au lieu des vingts mentionnés. Plus une pour chacun des souriceaux et Sergio.
Les souriceaux tiquent devant les pièces.
C’est quoi ?
E/ Ton premier trésor.
Ils savent même pas comment utiliser une telle somme.

Argante Carpone attend que ses hommes s’éloignent pour parler à Ettore.
AC/ Tu rappelleras à Pidocchi qu’on avait causé d’autre chose et qu’il s’était engagé à donner quelque chose pour hier après-midi. C’est important pour les gars aussi.
E/ La bonne nuit. Merci pour cette collaboration.
NC (resté avec Argante)/ Ça m’a rappelé des souvenirs.

Ettore raccompagne les gamins et rentre au bœuf en passant par la cour. Occhi Belli est sur le chemin et elle s’interpose.
ob/ Y’a eu un problème chez les putes.
E/ Annonce.
ob/ Y’a des gars qu’ont chopé votre nouveau, Jobelin.
E/ Emmène moi.

Sur place, de la lumière mais pas de mouvements. Il appelle et Azzura ouvre le volet avant de lui dire que Jobelin s’est fait ramasser par des types.
E/ Il est où ?
A/ Je descends pour t’ouvrir.
C’est finalement Gina qui ouvre, elle présente des traces de coups. 
Une fois Ettore monté, elles expliquent ce qui s’est passé de façon confuse en se coupant la parole, qu’un beau monsieur est venu pour Azzura. Il l’a frappée la attachée, pour la questionner sur Gentile qui avait disparu.

Azzura/ Il a dit qu’il avait disparu soit alors qu’il était avec moi soit alors qu’il était dans le coin. Et comme je savais pas qu’il avait disparu, il a balancé une corde par la fenêtre. Y’avait du monde en dessous. Deux sont montés puis ils ont été à plusieurs pour choper Jobelin alors qu’il ouvrait la porte. 
Gina a juste pris des baffes en voulant aider Jobelin. Son client à elle a pas bougé.
Az/ Il m’a dit « Si vous voulez voir votre type vivant, faut nous redonner Gentile vivant. »
E/ D’accord. Ils ont pas donné de noms ?
Az/ Il a enlevé son masque et je l’ai reconnu. C’est Azzio, un ami de Gentile. Je l’avais déjà vu sans masque quand ils étaient venus chez Zani.
E/ Ils ont pensé qu’on avait Gentile et sont venu mettre le bazar chez nous. Ben ça attendra demain matin.

Et merde, sa piaule est encombrée d’un Pidocchi saignant. Journée épuisante, nuit épuisante et en plus même pas de quoi pioncer tranquille. Du coup, plutôt que les chaises de l’étage, il reste dormir chez les filles. Au moins pas tout seul. Pour éviter les questions sur Gentile, il choisit Gina. Quel dommage d’être si fatigué, sur le moment.
La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.
Albert Camus
Doji Satori
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Jour 34 - Tout est redevenu étrangement calme, les fakirs traversent dans les clous
    
Épisode 87 – Deux pour le prix d’une


SM/ Vite, nous avons peu de temps, portez-la sur le lit dans cette chambre.
SM/ Nour, va me chercher de l’onguent pour ses blessures.
Demestilla se pose des questions en voyant la situation et ce qu’il advient de Speranza. Elle se demande si cet endroit est plus sûr que la maison Stoccata.
L/ Elle va dormir longtemps ?
SM/ Je vais lui faire boire cette tisane et après ça va dépendre d’elle même si elle se résiste ou pas.
L/ Elle résisterait aux dieux même.
SM/ Qu’ils lui viennent en aide alors car il n’y a pas d’autres solutions.
L/ Quel est le problème ?
SM/ D’après ce que tu m’as raconté, elle s’est retrouvée dans un lieu qui était ….dans l’entremonde. Je pense que le palais Mastiggia est soumis à une distorsion temporelle avec des enchantements dischroniques qui jouent sur la fascination et la sublimation.
L/ Et dans son cas ?
SM/ Présente sans y être, elle est restée un certain temps sur le toit et une partie d'elle-même y est sortie. Peut-être même plus qu'elle-même. En ne repartant pas par un chemin précis, une partie d'elle-même s’est distinguée d’elle.
L/ Partie, malgré tout ?
SM/ Ce n’est pas volontaire mais parce qu’elle est repartie de façon brutale sans … 
Comme si tu étais dans des ronces et qu’au lieu d’enlever les ronces tu tires sur ton bras. Des parties d’elle même sont restées là-haut mais c’est comme remettre des parties sanguinolentes sur ton bras, ça fait mal. Ça reste toi et ça veut revenir sur toi mais ça cicatrisera pas ?
L/ Faut lui mettre des moufles et de la pommade.
SM/ Faut qu’elle accepte elle-même.
L/ Oh la la. Si tu veux qu’elle ne fasse pas un truc, tu lui demande et si tu veux qu’elle fasse un truc … et encore
SM/ Je pense que tout simplement il faut que ça vienne d’elle
L/ Rien d’autre à faire. Et comment ça va se passer ?
SM/ Alors là … cette partie d'elle-même veut revenir mais elle ne veut pas. J’ai senti une dysharmonie entre elle comme peuvent l’avoir les gens très perturbés.
L/ D’accord d’accord.
Stella s'assoit sur sa chaise, fatiguée. La mauvaise nuit et les effets du temps qui passe.
SM/ On peut juste attendre qu’elle fasse la paix avec elle-même.
SM/ Ça ne peut venir que d’elle.
L/ Oui mais je ne vois pas trop comment ça va pouvoir se solutionner.
Le corps de Speranza grimace, fait la moue, tourne sur elle-même dans une torpeur qui n’est qu’une infime partie des colères de Speranza.
SM/ Tu vois, elle se combat. Tu pourras lui dire qu’elle ne se combat qu'elle-même.
L/ Comment je fais ça ?
SM/ Si je savais, j'aurais fait autrement. 
C’est quelque chose qu’on ne rencontre pas. De la magie puissante et quelque chose qui m’échappe. Elle a été exposée au merveilleux et la Speranza est une fleur de Ciudalia donc ça doit être compliqué. 
De toute façon , c’est entre ses mains.

Speranza fait face à un miroir dans lequel elle voit bouger son reflet qui semble parler sans émettre un son.
S/ Encore un rêve à la con, fais chier.
Le reflet soupire d’exaspération face à ces râleries.
S2/ Je suis fatiguée.
Elle hausse les épaules et regarde ailleurs après avoir entendu ce qui doit être sa propre voix.
Elle cherche du regard autour.
S2/ Je suis là, juste devant moi.
Speranza fuit son reflet.
S2/ Je ne peux pas continuer tout le temps à faire semblant comme si. A m’énerver de tout et de rien, surtout de tout.
Elle fixe son reflet et lui répond avec un air fatigué.
S/ T’es où la mère Lusinga, t’avais dit que c’était fini.
S2/ Il n’y a pas de Lusinga, juste moi et moi c’est tout.
S/ On me la fait pas.
S2/ Faut que j’arrête de faire ça.
S/ Bon t’es où le chien ?
S2/ Je préfère être moi qu’un chien, j’aime pas être un chien.
Soupir.
S/ Je suis sortie, pas la peine de faire semblant comme sur le toit.
S2/ Faut que j’arrête de m’ignorer.
S/ Tu fais bien ce que tu veux, comment on se casse de là ?
S2/ Je ne peux plus m’ignorer.
S/ Pas mon problème.
S2/ C’est mon problème.
S/ Débrouille toi avec ça.
S2/ C’est mon problème parce que je suis toi.
S/ Qu’est ce que tu veux entendre pour qu’on sorte de ce rêve à la con, c’est quoi la formule magique ?
S2/ Déjà que je me retourne pour me regarder.
Elle tente de frapper le miroir qui se dérobe.
S2/ Chaque fois que je rencontre quelque chose qui ne me plaît pas, je deviens violente, agressive.
S/ Casse toi !
S2/ L’agression et bientôt l’insanité verbale pour occulter ce qui me dérange.
S/ Pauv’ chérie et la suite ?
S2/ Que je veux sortir.
S2/ La fuite.
S2/ Ce que je produit avec mes amis.
S/ Ouin, ouin, ouin...
S2/ Ah oui, ça aussi le mépris, pas un paradoxe près mais c’est un mot trop intelligent pour ce que je veux faire croire. Ça m’arrange de paraître bizarre mais ça m’isole. Je me perds moi même dans mon agressivité, ma douleur, ma souffrance.
S/ T’as conscience que j’en ai rien à foutre !
S2/ Voilà, faire semblant et agresser.
S2/ Seule en voulant être avec les autres.
S/ Pourquoi tu me dis ça, je m’en fous.
S2/ Je préfère m’arracher un ongle que l’admettre.
S/ Quand est-ce que je me réveille.
S2/ Mais il n’y a pas de réveil. Tant que je ne m’accepte pas ni ce que je suis au fond de moi.
S/ La la la la…
S2/ Encore un mécanisme de fuite, tellement pratique alors qu’il faut m’admettre à moi même que je ne suis pas bien et dévorée par cette souffrance, coupable de tout ce qui est arrivé.
S/ T’as fini de te lamenter parce que c’est chiant, vraiment.
S2/ Oui , voilà que ça recommence, ceux qui se lamentent sont des naïfs des … des crétins.
S2/ Moi, je prétends être forte.
S/ T’es pas forte là.
S2/ Je ne sortirai pas de moi même, fallait pas revenir sur ce toit.
S/ J’avais rien demandé, elle va m’entendre l’autre connasse.
S2/ Je l’aime pas, c’est sûr.
S/ Mais j’en ai surtout rien à foutre.
Speranza n’arrive pas à s’éloigner du miroir.
S2/ Je ne peux pas fuir à chaque contrariété parce que les autres ne me comprennent pas.
S/ Tu devrais.
S2/ Chaque fois qu’ils me contrarie, je préfère fuir. Là, me moquer de moi-même plutôt que de reconnaître.
S/ M’en fout en fait, tes états d’âme, rien à secouer.
S2/ Je peux faire la maline comme avec tout le monde mais je sais. Pas la peine de jouer à ce jeu avec moi.
S/ C’est long.
S2/ Je sais que je pleure, j’ai manqué à tant de personnes, j’ai failli. Je ne me fais pas confiance alors comment les autres peuvent ?
S/ Y’a des gens qui aiment les chouineries des autres, tu devrais changer de crémerie.
S2/ La même chose, ce dialogue de façade, ce jeu de dupe de se mentir à soi même le plus beau des mensonges.
Speranza regarde ses ongles très intéressée mais ne répond pas, elle chantonne juste.
S2/ Normal.
S/ Ça y est, t’as fini ?
S2/ Comment voudrais-je finir, je ne peux pas finir et c’est ça qui va mal finir à refuser ce que je suis, de parler à moi même en m’ignorant.
S/ Ton problème, moi les rêves débiles j’ai l’habitude alors un de plus un de moins.
S2/ C’est comme une tempête de neige la nuit, seule dans le froid et l’ombre..
S/ Et ?
S1/ Je décris juste mes nuits.
S2/ Je me réveillerai quand cette drogue prendra effet. Ils m’observent, Lupo me tient la main, de temps en temps il grimace malgré la crème de la Morelli sur sa morsure.
S/ Bien fait pour sa gueule.
S2/ Elle m’ennuie cette vieille chouette à s’occuper de moi, ça fait plaisir et en même temps.
S/ Mais pourquoi tu me parles ?
S2/ Parce que je suis moi.
S/ Tais toi !
S2/ C’est parce que je m’enfuie, que je cache ma sensibilité, ma compassion.
S/ C’est pas mon problème, tu te débrouilles avec tes problèmes.
S2/ Faut que j’arrête de me tutoyer et de considérer cette partie de moi comme étrangère.
S/ Ça y est, t’as fini ?
S2/ Non, j’ai pas fini, je ne finirai jamais, je vivrai ainsi avec ce sentiment de perte.
Speranza se met à jouer d’un violon imaginaire.
S2/ Je l’ai fait quand quelqu’un a montré ses sentiments il y a peu, c’est si irrationnel, si pas moi, j’aime pas ça parce que je comprends pas et pour autant je m’attache aux enfants. Quand j’ai perdu mes deux frères, j'ai perdu toute raison.
S/ C’est pas mon problème.
S2/ Je sais que je peux hurler, c’est ironique.
S/ Tu me saoule, tu veux entendre quoi ? Ouin ouin oui je vais parler aux autres, allez hop, je me réveille.
S2/ Je ne peux même pas parler de moi sans ironie.
Speranza se tourne les pouces en attendant que les effets de la potion cessent et qu’elle revienne enfin à la conscience.
S/ Le plus chiant dans les rêves, je peux pas m’endormir alors que dans la vie si je m’emmerde je m’endors.
S2/ Je serai encore avec cette double personnalité quand je serai éveillée et ça me permettra de soliloquer encore et toujours. Me moquer de moi fera des vacances aux autres.
S/ C’est ton problème, c’est pas le mien.
S2/ C’est pas mon problème, c’est le mien, tout est dit.
S2/ Je sais que je ne peux pas me faire confiance.
S/ Je m’en fout en fait, moi je veux me réveiller.
S2/ Ça va venir car la drogue de la vieille chouette va s’arrêter tôt ou tard.
S/ Tu veux pas fermer ta gueule en attendant, juste te taire ?
S2/ Je me tairai si j’étais sincère juste sur une miette que j’ai au fond de moi une miette de désespoir.
S/ Rholala.
S2/ Je vois que c’est pas gagné.
S/ Et quoi donc ?
S2/ Fuir, se moquer, s’énerver, les insultes, les “qu’est ce que ça peut te foutre”.
S/ En même temps, tu cherches.
S2/ Je me contrarie, c’est que ça ne va pas, pas parce qu’un autre à un truc à me dire ou s’intéresse à moi.
S/ Mais j’en ai rien à battre, tu veux pas là fermer ? Non faut que tu causes, incroyable.
S2/ Je veux être seule, m’occuper des autres ou faire semblant.
S/ Je m’en fous.
S2/ Je m’en fous, je vais bien, je suis au top de ma forme.
S/ En tout cas moi je le suis et toi je m’en fout.
S2/ Faut que j’ai l’air d’une chieuse caractérielle pour dégoûter que les gens qui s’intéressent à moi même ceux auprès de moi.
S/ Hmm.
S2/ Je sens que la drogue a moins d’effet. Puisque je n’accepte pas que je sois là, je me reparlerai un moment où je serai calme. 
Mais le mal est là, je suis de plus en plus folle à vouloir être ce que je ne suis pas. Oui, la folie, oui c’est la folie.
S/ Ça y est, t’as fini ?
S/ Ça fait du bien quand ça s’arrête comme les coups de marteau sur la tête.

Elle se réveille entourée de Lupo et Stella qui sont posés sur des chaises
SM/ Fais attention à ton bras, elle semble se réveiller, qu’en penses-tu ?
L/ Elle va se barrer.
SM/ On ne peut pas la retenir, c’est à elle de gérer cela maintenant. Personne ne peut rien faire à ma connaissance.
L/ Bon.
Speranza tente de filer un coup de pied vers Lupo et il bénéficie de l’effet de la drogue pour éviter la charge d’un fouetté qui mollement trace une arabesque.
SM/ Ah , elle est réveillée.
L/ Comment tu vas ?
S/ Va te faire foutre.
L/ Retour à la normale, ça fait plaisir.
Elle tente de se lever et quand il veut l’aider.
S/ Si tu me touches je te défonces.
Stella sourit.
SM/ Désolée d’avoir dû t'endormir.
S/ Rien à foutre, t’es pas désoleé.
SM/ Allons ma belle, je comprends. A ton âge j’aurais réagi comme toi.
S/ T’as dit que tu ferais rien contre mon gré et t’es une menteuse, une grosse salope de menteuse.
Titubant, elle tente de partir en repoussant Lupo.
S/ Mais mêle toi de ton cul, lâche moi.
S/ Je vais très bien, je vais m’en sortir toute seule.
S/ Qu’est ce que vous m’avez fait ? Vous allez le sortir ce sortilège sinon je crame la baraque.
SM/ Tu n’es la victime d’aucun sortilège, tout vient de toi.
S/ Mais bien sûr après m’avoir endormi, droguée, attachée.
SM/ Attachée, ça c’est dans tes fantasmes.
S/ Vous aviez pas le droit.
SM/ Non.
S/ Et toi tu ferais mieux de te mêler de ton cul.
SM/ Lupo a bien fait et même sans ça ça aurait été compliqué.
Elle tente de partir.
L/ Tu vas encore te casser la gueule.
S/ Qu’est ce ça peut te foutre nounouille ?
S2/ La fuite toujours la fuite.
L/ Tu peux écouter deux secondes.
S/ Je fais que ça depuis des heures. Elle arrête pas de me parler.
L/ Qu’est ce qui parle dans ta tête ?
S/ T’occupe, ça te regarde pas.
S/ Un truc de magicien.
S2/ Je m’énerve, je crie et bientôt je fuis, voilà.
SM/ Je vais te dire ce qui t’arrive.
S/ La la la, pas t’écouter.
S2/ Et voilà.
S2/ Un petit, fais chier, avant de partir et je m’en vais comme une princesse ? Vous faites tous chier ?
Lupo tente encore de la rattraper par le poignet.
L/ Donc, ce qui t’es arrivé chez les Mastiggia c’est pas anodin.
Elle hoche la tête avec une moue de mépris et tente de le faire lâcher pendant qu’il se tait.
L/ T’as fini les gamineries ? Non, c’est bon, on va attendre ?
L/ Il s’est passé quelque chose là bas qui t’a blessé sur le plan ...
SM/ Spirituel.
L/ Merci Stella.
L/ Sur le plan spirituel, une partie de toi est restée là-bas et tu as forcé pour t’arracher.
Elle mime divers instruments de musique.
L/ Ok, tu ne m'écoutes pas.
S/ Mais si.
L/ Je sais que tu ne veux pas être vue en position de faiblesse et que tu ne veux pas que je t’aide, j’ai compris. Et est ce que toi t’as compris ce que je veux dire ?
S/ Oui.
L/ Je veux dire quoi ?
S/ Truc de merde, je m’en fous, je veux juste partir.
L/ Égale à moi même. C’est pour t’aider que je t’ai amené ici.
S/ C’est pas toi qui m’a amené, j’ai amené Demestilla.
S/ T’as pas autre chose à foutre.
L/ Si mais j’ai déjà assez merdé dans la vie mais je tiens à toi donc j’essaie de t’aider , faire ce qui est au mieux pour toi.
S2/ Pour coucher avec les gamines et jouer du violon, tu lui dis pas à lui.
S/ Ça y et, la leçon de morale est finie ?
S2/ Ça y voila comment je dois être imperméable.
Enfin lâchée et l’effet de la drogue finissant par s’estomper, partant avec sa colère, elle s’en va.

Elle sort et se dirige vers le Bœuf rouge, Lupo la rattrape.
S/ T’as pas une fille à sauter quelque part ?
L/ Tu occupes mes pensées.
Les pauvres Morelli dont les nuits sont très perturbées en ce moment.
S2/ La dernière des crasses.
S/ Personne t’oblige à me supporter ?
S2/ Si, moi.
L/ T’es bête ou tu le fais exprès ?
S/ On s’en fout ; qu’est ce que ça peut te foutre. Est ce que ça a une importance ?
L/ Ben, oui.
S/ Non, le résultat, c’est le même.
L/ Au quotidien, oui.

Retour à la maison.
Elle frappe à la porte de la chambre d’Ettore avant d’entrer. Légère odeur de sang, de blessure et c’est un Pidocchi pas frais qui est dans le lit.
S/ Chacun change de lit ici ?
S/ Il est où Ettore ?
Pas de réponse immédiate de Pidocchi qui ouvre à peine un œil qu’elle repart déjà.
S/ Tu sais, je connais la maison, pas la peine de me suivre.
Elle fait le tour des chambres. Personne dans la chambre de Pido.
Dans celle de Lupo, la sœur de celui-ci.

S/ Qu’est ce qu’ils font encore là ?
Lupo est parti chercher un lit accueillant ailleurs.
Dans la sienne, molosse qui dort malgré les quelques caresses et son air souriant de la savoir revenue.

S/ Il est passé où lui ? Il s’est barré ?

Avant l’aube, Pietra a commencé à balayer quand Speranza descend dans la grande salle et l’apostrophe.
S/ Il est où Ettore ?
p/ Dans sa culotte. 
Comme si je savais moi. Je sais pas
S/ Tu sers à rien.
p/ Tu t’es levée du pieds gauche ?
S/ Je t’emmerde.
p/ La bonne journée à toi aussi.

Pirate est dans la cuisine de l’auberge.
S/ Cherche ton maître, il est où Ettore, cherche !
Il la regarde, remue la queue et se prépare à jouer avec elle. manger, promenade ?
S/ J’en ai marre de cette maison de fous. Où est-ce qu'il pourrait aller dormir ? Roh il me saoule.
Plutôt que de courir après, elle remonte et se cale dans un coin pour attendre.
Plus tard, Francesca passera avec une poêle, des œufs, du lard et des poivrons à l’huile
f/ Viens manger, t’es maigre comme un clou.
S/ Merci.
L’avantage de Francesca, elle a pas besoin de réponse pour faire la causette toute seule et ça permet à Speranza de manger sous un regard bienveillant.
L’odeur du lard frit monte jusqu’à la chambre où somnole Pidocchi mais il préfère attendre dans ce frais matin d’automne que le plat vienne à lui, ce qui ne tarde pas.
Francesca va jusqu’à sa chambre et il peut commander à boire et à manger dessous ses couvertures.
Speranza a bon appétit car ça fait quelques jours qu’elle mange de ce qu’elle pique de ci de là.

Gina se lève doucement pour ne pas réveiller Ettore et file dans la cuisine sur le palier. Il se réveille quand même car il reste les sens aux aguets en raison du stress accumulé ces derniers jours mais il s’endort à nouveau pour se reposer des jours en retard. 

Comme Ettore se fait attendre, Speranza finit par s’endormir sur la chaise, accoudée à la table.
Lucrezia et Andréo sont les derniers à se lever pour profiter de la cuisine de Francesca.
Des bruits, des gestes issus de ses rêves, le sommeil de la voleuse est agité.

Du côté de la maison des filles, Ettore goûte un repos mérité après ces jours à faire le coursier pour la noblesse. La mission est finie. Pido est couché pour plusieurs jours et les deux autres ont disparu de leur plein gré. Pour Jobelin, faut rentrer en contact avec les Mastiggia, ça donne pas envie. Merde, autant profiter de la vie. Vu que Gina s’affaire dans la cuisine non loin, faire savoir qu’il est réveillé.
E/ Gina, t’auras pas un truc prêt à grignoter ?
La flemme, pas envie de se lever pour une fois surtout qu’il s’est couché presque à l’aube.
La jeune femme constate que l’occupant de sa chambre est assis contre la tête de lit quand elle amène un pichet et une tartine qu’elle lui apporte sur un bout de planche à découper.
Plutôt que le plat, il montre de l'attrait pour ses hanches et l'avoir plus près de lui.
E/ Ces nuits ont été très fatigantes, j'ai besoin de douceur et envie de goûter à tes charmes.  
E/ Saurais tu faire ça pour moi ?
Ils ont passé la nuit dans le même petit lit. Lui contre sa chaleur apaisante, elle contre le corps de l’ancien soldat. C’est pas un client ni même son souteneur, juste un homme agréable à regarder, à toucher ou contre qui se blottir et sûrement plus encore.
g/ Je ne travaille pas à cette heure, ce sera donc gratuit. Disons, en remerciement de votre protection.

Avoir, le temps. Prendre le temps, partager des moments de plaisir, des jeux de séduction et de plaisir charnels qu’on s’offre. Toujours est-il que Gina se révèle être loin d'être une professionnelle du sexe comme Azzura et Renata, certes expérimentées et agréables mais à la routine désincarnée.
C'est une véritable matinée d'amour qu'elle lui offre, un moment de plaisir sensuel, de détente, de rires, de complicité même. Ettore s'abandonne au jeu. Faire, laisser faire, relancer. Une première fois entre la pute et le soldat qui ne sont alors ni l’un ni l’autre mais juste ensemble. Deux corps qui jouent une musique improvisée, une cavalcade sensuelle avec ses temps apaisés et l’envie que ça dure. Quand midi sonne sur un clocher non loin, le rappel à la réalité a le son du bronze et du clairon à la fois.
E/ Bon, maintenant, faut que je trouve comment je peux sauver Jobelin.
Pas très envie de partir et de quitter cette pause. Il passe encore une fois sa main sur les courbes de Gina avant de se lever pour prendre ses vêtements laissés sur la chaise. Une dernière rasade du pichet et un regard pour sa compagne du matin. Ils se sourient avant de se séparer.
E/ Très bonne journée.
G/ A toi également.


Lucrezia et Andréo finissent par partir vers leurs affaires. Francesca veille sur le confort de Pido régulièrement et aide aussi Pietra qui prévient Pido que Speranza dort dans la salle.
P/ Elle a mangé ?
f/ Grignoté.
P/ Laisse la dormir. Et les autres ?
f/ Don Tramonte est passé mais il a du repartir sans goûter à mes œufs au lard
P/ Du coup, il en reste ? Et Ettore ?
f/ Pas vu.
P/ Ça risque d’être calme aujourd’hui.
f/ Oui, tout est devenu étrangement calme, les fakirs traversent dans les clous. C’est ce que Speranza a dit dans son sommeil. C’est bizarre, Vous savez ce que ça veut dire ?
P/ Jour calme en cette veille d’élection.

L’interruption suivante est faite par l’Anguille qui vient faire son rapport au vu des évènements de la nuit qui ont eu lieu sur son territoire.
a/ Cette nuit monsieur Pidocchi, il a y a eu des problèmes sur le port, des rumeurs comme quoi de nouveaux entrepôts allaient être incendiés. Des spadassins, à l’arsenal ils ont organisé des patrouilles et comme ils ont attrapé des personnes suspectes le sang a coulé d’autant plus que du côté du port c’est venu pour se frotter aux gars de l’arsenal avec des cris contre le podestat Ducatore qui avait bradé la victoire et que c’est lui qui profitait de l’augmentation des prix. Ça s’est battu et il y a eu des morts.
P/ Tu t’es tenu à l’écart ?
a/ J’ai vu des agitateurs des deux côtés. Je me suis pas approché.
P/ T’as des noms ?
a/ Vous comprendrez, la nuit c’était dangereux
P/ Et les morts sont identifiés ?
a/ Des ouvriers de l’arsenal et des commis de maison.
P/ Des bâtons et projectiles ou des armes ?
a/ Y’en a qui ont été rossés de coups mais des lames aussi, du poignard.
P/ Des miliciens ?
a/ Les phalangistes sont restés à l’écart alors que d’habitude ils séparent en tapant sur tout le monde.
P/ D’accord, merci pour les informations, vois avec Francesca pour un bout de repas.
Le gamin va manger et abreuve Francesca d’anecdotes pour rester le plus longtemps possible alors qu’elle lui donne de la nourriture.

Alors que midi est passé et que la cuisine des Compari s’est vidée, Speranza se réveille à nouveau en se demandant ce qu’elle fait à dormir la tête sur la table. Elle se frotte les yeux et part en quête d’Ettore. Ne sachant où le trouver, elle se renseigne auprès des souriceaux et apprend que jobelin s’est fait enlever et que la dernière fois qu’on a vu Ettore il était devant chez les filles.

Elle va en direction de chez les filles mais voilà qu’Ettore en sort et s’avance vers elle sur le trajet qui va au Bœuf rouge.
S/ Ah ben je te cherchais.
E/ Bonjour Speranza.
S/ Bonjour.
S/ C’est pas important, enfin si c’est super important.
E/ Ils ont attrapé Jobelin.
S/ Y’a eu un problème.
E/ Y’en a eu plein, Pido s’est fait percer, Jobelin a été enlevé,
S/ La femme de ton frère, elle est chez les Morelli.
E/ Pourquoi ?
S/ Tu sais que j’étais chez les Mastiggia sur le toit. Je surveillais Lupo pour le protéger et j’ai vu à travers des fenêtres qui sont magiques et permettent de voir des lieux qui sont pas là.
E/ Je suis déjà perdu.
S/ Essaie de suivre.
E/ C’est le matin pour moi, là.
S/ Quand je suis allé sur le toit avec Lupo.
E/ Mais c’est quoi le rapport ?
S/ Mais attend, quand j’étais sur le toit j’étais coincée avec le chien et il y avait plein de miroir. C’est là, sur le toit des Mastiggia que j’ai vu que ton frère avait frappé sa femme. Bref, je suis allée voir chez elle, je l’ai trouvée attachée à son lit, elle avait pris une rouste.
S/ Je l’ai embarquée chez les Morelli.
E/ T’as quoi ?
S/ Je l’ai mise à l’abri chez les Morelli ?
S2/ Je prends soin de toi Ettore.
S/ Je me suis ...
E/ Le toit ? Je comprend pas
S2/ Ça c’est pas grâce à ...
S/ C’est important pour moi
E/ T’as été chez Demestilla, chez Teobaldo, t’as amené Demestilla chez les Morelli, et il t’a laissé faire ?
S2/ J’aime beaucoup Ettore mais qu’est ce qu’il est con parfois.
Speranza rit malgré elle, essayant de faire abstraction de la voix dans sa tête.
S/ Tu crois que je lui ai laissé le choix.
E/ Je connais un peu mon frère. Il va être furieux.
S2/ Ben oui.
S/ J’aurais pas du ?
E/ C’est fait.
S/ Si t’avais su, tu lui aurais défoncé la gueule.
E/ Oui.
S2/ C’est ce que je me suis dit.
S/ J’ai eu tort ?
E/ Ben, non.
S2/ Il peut dire merci aussi ?
S2/ Encore un qui cache sa joie.
S/ Il sait pas qui est venu la chercher et personne me connaît.
S/ J’ai laissé ma signature.
E/ C’est à dire ?
S/ Je lui ai rendu la monnaie de sa pièce.
E/ Tu l’as frappé aussi ?
S/ Non, je l’ai laissé dans la même situation qu’il lui avait fait.
E/ Ok, bon,des emmerdes en plus mais c’est pas la priorité. D’abord voir avec Pidocchi.
S/ Pido ça va aller ?
E/ Ça devrait mais faut le protéger des Mastiggia.
E/ Suivant comment ils abîment Jobelin, je rendrai Gentile dans le même état.
S/ C’est déjà gentil qu’on leur rende.
S/ Je vais surveiller la maison.
E/ T’as besoin de quelque chose ? Ok, merci,
E/ Pour Demestilla aussi.
S2/ Pas trop tard
S/ Ça va se taire ce truc ?
Elle repart faire une sieste dans son placard.

Ettore part avec Prefereti dans Torrescella pour faire délivrer un message à monsieur Azzio de la part de son ami G. 
Dans la ville, ça parle des affrontements sur le port qu’on chiffre à pas loin d’une centaine de personnes avec quelques morts à la clé. 
Egalement, quelques seconds couteaux sont tombés dans des affrontements entre factions pro Mastiggia et pro Ducatore à Torrescella même, ce qui est une escalade supplémentaire inédite.  
Suite à ces grosses tensions, les escortes sont massives en cette veille d’élections.
Au sénat, les sourires de façade, les murmures, les alliances et les trahisons.

Pidocchi profite de sa convalescence pour rattraper son retard de sommeil des derniers jours.
Dans l'après-midi, la voix douce et suave de Angelo annonce une dame pour Pidocchi.
P/ Ah ?
P/ Personne pour la recevoir ?
a/ Je monte pour dire qui c’est ou je monte pas ?
P/ Monte.

a/ La dame voulait pas que je crie son nom dans les escaliers, elle porte une cape, elle s’appelle Rosina Carpone.
P/ Celle là vient sans dague à priori.
Une fois dans la chambre, elle laisse la porte entrouverte et s’approche du lit. Elle reste debout à la tête de lit.
P/ Bonjour. La déesse vous bénisse.
RC/ Mes bons souhaits de la déesse douce
RC/ Tout le quartier parle des soucis que vous avez eu.
P/ À ce point ?
RC/ Vous savez, le clan Carpone était présent donc ça se sait rapidement. Je suis passée prendre de vos nouvelles.
P/ Ils ont peu brillé par leur absence de réaction heureusement qu’il y avait les apprentis.
RC/ Je suis heureuse de vous voir en moins mauvaise santé que l’on m’avait dit.
P/ La carne est dure à abattre.
RC/ J’ai appris que Argante était venu vous voir hier, vous consulter, prendre de vos nouvelles. Moi même, je viens discuter si votre état vous le permet.
P/ Discuter est toujours possible, ça n'ira guère plus loin aujourd’hui.
P/ Je vous écoute, avez vous des sujets à évoquer.
RC/ Avez vous une réponse suite à nos échanges lors du mariage chez les Esposito ?
P/ Ce genre de décision demande la réponse des Compari et l’un d’entre eux n’était pas disponible.
RC/ Je n’épouse pas les quatre.
P/ Vous n’ignorez pas les conséquences pour les familles et vous savez qu’Argante voit votre proposition d’un très mauvais œil.
RC/ Je n’en ai pas fait mystère.
RC/ Si je n'avais pas eu le soutien des femmes, je n'aurais pas fait cette proposition sinon elle serait construite sur le sable.
P/ Pour ma part j’y suis favorable et c’est un progrès pour tout un tas de choses.
RC/ Quelles choses ?
P/ Une voie de développement que nous aimerions favoriser.
RC/ Et quelle sorte de développement ?
P/ Certains cercles de la ville sont dangereux et nous voulons nous recentrer, n’y voyez rien de personnel et il faut de toute façon que je me remette car une alliance avec un grabataire ne vous protégerait pas de grand-chose
RC/ Vos compagnons seraient dans cette logique de protection et d’alliance ?
P/ La consultation et protection réciproque.
RC/ Pour être aussi claire après ces alliances, je n’ai aucun poids politique et cette alliance n’a pas de poids politique comme celle d’Argante.
P/ Alors pourquoi s’y oppose t’il si farouchement ?
RC/ Il ne souhaite pas que les Carpone soient partie intégrante des Compari. 
Je ne suis pas dans la tête d’Argante car j’ai le sentiment qu’il est fuyant mais je ne veux pas paraître le critiquer pour favoriser ma cause. Mais je pense qu’il veut être comme l’était Porzia alors que je ne souhaite pas devenir chef de clan ni que Sandro soit le futur chef des Carpone. Juste qu’il vive et que le sang arrête de couler pour couler tant que ces logiques de vendetta continuent encore et encore. 
Vendetta ou opportunités car il se vante que ses hommes ont gagné une grosse somme en collaborant avec vous.
P/ De quelle grosse somme il parle ? Vous savez ?
RC/ Il a montré des florins donc une grosse somme.
P/ D’accord.
RC/ Vous n’êtes pas au courant ?
Il n’a pu cacher sa surprise, Ettore ne l’ayant pas encore informé.
RC/ Je pense que ma proposition repose sur du plus long terme.
P/ Je suis au regret de ne pouvoir donner une réponse rapide et certaine mais mon repos forcé m’oblige à reporter en l’état.
RC/ Ce que je voulais vous dire, c’est que le temps joue pour Argante car ma proposition a été publiquement connue. Tout délai me fragilise et le renforce donc je ne veux pas vous donner un ultimatum mais …
P/ Je comprends bien.
RC/ Si vous n’êtes pas trop fatigué, je voudrais ajouter afin qu’il n’y ait pas méprise sur ma proposition. 
Vous avez tué Vascularino, j’étais sa femme mais je ne cherche pas sa vengeance, je remet la vie de mon fils entre vos mains. Je ne suis pas et ne serai jamais une Carpone.
P/ C’est très clair et je n’ai pas non plus de vengeance à exercer contre vous, je comprends bien votre position.
RC/ C’est quand même compliqué pour moi … et à expliquer aussi.
Le silence se fait dans un regard partagé pour clore cet échange.
RC/ Avez vous fait appel à un médicastre ?
P/ Zani, il avait dit qu’il repasserait.
RC/ Bonne journée, au revoir.


Ettore se rend piazza Palatino ou plutôt dans ce qui ressemble à un champ de bataille sur le point de saigner de tous les côtés si les phalangistes présents en force ne faisaient pas ravaler les rancœurs des jeunes coqs et leurs séïdes.
Il  a choisi la terrasse bien visible en attendat que le souriceau ramène Azzio jusqu’à lui. Il envoie une piécette à Prefereti pour le renvoyer comme s’il ne connaissait pas le môme qui lui a servi de messager.

E/ Je veux voir comment va mon gars.
a/ Tu nous rends Gentile.
E/ Ça dépend dans quel état vous avez mis notre gars.
a/ J’ai pas le pouvoir de le libérer.
E/ T’es venue le prendre, tu vas le rendre.
a/ Qu’est ce que t’as pas compris dans j’ai pas pouvoir de vous le rendre.
E/ Ben moi non plus.
a/ Très bien.
L’un et l’autre se braquent, refusant de se soumettre ou de chercher un accord.
E/ À la prochaine.
a/ À bientôt.
a/ Y’avait un autre message.
E/ Je suis pas au courant, c’était quoi ?
a/ Un autre message a été passé à Lupo.
a/ Vous continuez de servir les Ducatore alors que vous aviez dit que vous avez arrêté.
E/ On avait un truc à faire, c’est fini. On sert qui nous paye, pas le Ducatore.
a/ Si vous avez l’envie d’épouser le destin des Ducatore.
Il se lève.
a/ La prochaine fois envoyez Lupo pour discuter.
Il s’en va.

Ettore rentre au Bœuf rouge faire le point avec Pidocchi.
Après que chacun ait fait le compte rendu de ses activités, Ettore regarde avec nostalgie son lit et lâche un laconique
E/ Tu ferais mieux de dormir ailleurs.
 
La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.
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Re: [CR] Quattro Compari - aventures à Ciudalia, d'après le roman Gagner la guerre (motorisé sous Epées & Voleurs)

Message par Doji Satori »

Épisode 88 – Le ciel d’Azzura s’assombrit.


Au matin, Ettore fait son traditionnel tour du territoire Compari.
Les conversations tournent sur l’accentuation des troubles sur le porte et fait nouveau, les affrontements armés entre plusieurs maisons nobles dans Torrescella. Tout le monde semble sur le qui-vive, les commentaires sont nerveux. Chacun cherchant si les autres sont ou non affiliés à telle maison ou tel client et qui serait redevable envers les factions en conflit. Être du côté des vainqueurs ou risquer de voir ses commerces compromis.


Lupo a dormi toute la matinée chez les souriceaux. De quoi se reposer des évènements nocturnes et écrire une lettre au calme.

Majan,

Il est presque midi. Je suis assis à une table et j'écris. Derrière moi, Bella observe. Elle ne dit rien — elle a appris à ne pas déranger quand quelqu'un fait quelque chose d'important.

Je viens de réaliser quelque chose en posant la plume une seconde pour regarder mes mains.

C'était vous, avant. Vous qui écriviez vos rapports. Et c'était moi qui regardais.

Je ne sais pas si c'est drôle ou si c'est autre chose. Les deux peut-être. Vous me manquez pour ce genre de remarque — vous auriez su nommer la chose avec précision et économie, sans vous perdre en fioritures comme je suis en train de le faire.

Voilà pour l'entrée en matière. Le reste va être moins élégant encore, je vous préviens.

Cette nuit a été longue. Speranza — vous vous souvenez de la pie qui vous a volé votre sac — avait besoin d'aide qu'elle ne voulait pas. Je l'ai amenée de force chez une soigneuse. Elle m'en veut. Beaucoup. Je m'y attendais et je l'ai fait quand même. Ce matin elle ne voulait pas m'écouter. J'espère qu'elle m'a entendue malgré tout.

J'ai une main mordue qui s'en souviendra quelques jours et le visage de celui qui a affronté un ours à mains nues.

Je l'ai ramenée au Bœuf Rouge après — elle flageolait encore et il n'était pas question de la laisser traverser Ciudalia seule dans cet état, quoi qu'elle en pense. Arrivés à destination, ma présence l'agaçant, je suis parti. Ce n'était pas le moment de parler. Peut-être que ça viendra.

Ensuite je suis allé voir Bella.

Bella, c'est une jeune femme que l'oncle Andréo a recueillie il y a un moment. Elle doute d'elle-même avec une constance qui me désespère. Cette nuit, elle avait besoin d'entendre que la pagaille n'était pas de sa faute. Je lui ai dit. Puis on a dormi.

Ce matin, en me réveillant, je l'ai regardée observer mes préparatifs en silence. Et j'ai pensé à vous.

Vous et vos rapports. Moi qui regardais.

Je voudrais faire pour elle ce que vous avez fait pour moi sans le savoir. Lui montrer qu'il y a quelque chose à faire de ce qu'elle est. Je ne sais pas encore comment. Je ne sais pas si j'en suis capable. Vous, vous le faisiez naturellement — aller vers ce qui cloche et essayer d'arranger les choses, pas pour la gloire, juste parce que c'était nécessaire.

Moi j'apprends encore.

Ciudalia continue de se compliquer. L'oncle Andréo s'est fait larder chez un charpentier. Ettore tient tout à bout de bras. Et moi je cherche ma place dans tout ça depuis que vous êtes partie avec mes cartes.

Je pourrais vous mentir et vous dire que ça va. Je pourrais trouver une formule élégante pour vous faire croire que j'ai tout sous contrôle.

Je ne vais pas faire ça.

Je ne sais pas très bien qui je suis encore. Mais je commence à avoir des intuitions. Et la plus persistante d'entre elles, c'est qu'il y a quelque part entre Ciudalia et là où vous êtes une route que je n'ai pas prise.

Est-ce qu'elle existe encore ?

Je vous pose la question sans détour. C'est nouveau pour moi. Faites-en ce que vous voulez.

Lupo Tramonte

P.S. — Bella vient de sourire en voyant que j'écrivais encore. Elle n'a pas demandé à qui. Elle a juste hoché la tête comme si elle savait déjà.


Zani vient vérifier que les blessures ne sont pas infectées. Mais Pido n’a pas été demander l’aide du temple de la déesse douce comme le barbier lui avait suggéré. Après ce rappel, Pidocchi décide d’envoyer le souriceau Prefereti avec un don conséquent de trois florins dans la poche auprès des prêtres du temple de la déesse douce pour requérir de l’aide pour un blessé qui tient à l’anonymat.
Vieille croyance d’un Pido superstitieux qui n’envisage qu’on amène un prêtre quand il sera sur son lit de mort mais pas avant au cas ou ça attirerait l’attention de qui vous savez.

Lupo part relever son courrier. Il demande à Bella de l’accompagner piazza Palatino donc il faut d’abord apprêter la gamine qui ferait tâche dans les beaux quartiers en haillons. Cela lui permettra de prendre la température de la politique de la cité la veille de l’élection des Podestats.

Vu la tension avec les Mastiggia, Ettore prépare une embuscade au cas où les Mastiggia viendraient finir le travail ou mettre plus de pression pour récupérer Gentile par la force. Il se place avec Sergio à l’étage de la maison en vis à vis du Bœuf, les propriétaires “acceptent” volontiers, pour empêcher un groupe hostile de venir s’en prendre aux Compari.

Pidocchi lance ses souriceaux à travers leur territoire pour servir de guet et également Zenzero pour demander aux Carpone de venir récupérer des florins sonnants et trébuchants pour les remercier de l’avoir sorti de l’histoire du coffre.

Speranza veille sur Pido, principalement à sa sécurité mais à sa façon, depuis les toits. Elle change régulièrement d’emplacement pour ne pas succomber à sa narcolepsie en faisant des rondes sur les hauteurs afin de compléter la surveillance des gamins dans la rue.

Lupo, de son côté, fait laver et habiller de neuf Bella afin de la rendre présentable.
L’habit fait le moine et se retrouver propre et dans des habits sur mesure donne confiance à la jeune femme. Le Compari lui donne un cours de maintien et cherche à voir ses capacités d’adaptation et son aisance dans un contexte étranger. Elle suit avec zèle les conseils de son mentor. Il lui interdit de parler pour que son accent populaire de gamine des rues ne trahisse pas la fleur des pavés.

Arrivés piazza Palatino à l’Il ombrello di donna Addolorata, l’établissement très select où l’on boit de l’eau chaude très chère et où surtout il dépose et reçoit du courrier de Clarissima Ducatore, il récupère une missive laissée pour lui qu’il ne décachète pas dans l’immédiat, il écoute et participe aux conversations qui tournent essentiellement sur les élections proches.
Dans la plupart des pronostics, le poste de Podestat militaire semble pouvoir difficilement échapper à la faction belliciste qui a conservé l’avantage marqué au sénat le jour de l’évasion de Benvenuto Gesufal. Le poste semble toutefois être disputé entre Ettore Sanguinella, leader du parti belliciste et Tremorio Mastiggia, père du héros de la bataille du cap Scibylos.
Comme, il est rare que les deux Podestats appartiennent au même parti, les spéculations allaient bon train pour la charge du Podestat civil. Leonide Ducatore s’étant fait discret au sénat depuis un mois, les sénateurs Orgullo Soberano et Cernicalo Actanza se partageaient la parole au sénat pour défendre les intérêts du parti souverainiste mais ils manquaient l’un et l’autre d’une certaine légitimité alors que le sénateur Rapazzoni semblait avoir l’ensemble du parti ploutocrate rangé derrière lui.
Après avoir devisé une bonne heure, il continue un tour pour envoyer sa lettre à Majan.

Alors que dans les beaux quartiers, le sujet des affrontements armés entre les hommes de Mastiggia et Ducatore est soigneusement évité, il constitue le sujet principal de discussion et d’inquiétude dans les quartiers ouvriers et populaires.

Dans l'après-midi, Suor Adelma découvre le supposé oncle Andréo avec quelques blessures ouvertes pour lesquelles l’escalier évoqué n’a rien à voir. Pidocchi reste vague dans ses explications en évoquant une mauvaise rencontre.
La prêtresse de la déesse douce ne demande pas davantage de justifications. Elle applique des baumes et indique qu’elle reviendra, elle veut aussi savoir qui a déjà soigné ses blessures mais il garde l’intervention de Zani secrète.

Quand Bella et Lupo reviennent via Tamborini, la jeune femme se trouble, elle ne sait plus comment se comporter. Doit-elle retourner auprès des Souriceaux ? Elle se sent “autre” non pas qu’elle ait changée mais toute cette après midi, les Ciudaliens ont eu le regard attiré par cette nouvelle version de la jeune femme. Elle fait même illusion auprès des habitants du quartier, incapables de reconnaître la mendiante habituelle au bras de Lupo. Ce dernier la complimente pour avoir réussi cette véritable épreuve. Les félicitations lui font plaisir, lui donnent confiance en elle. Lupo devine qu’elle n’a pas envie que ce moment de grâce cesse, il lui propose de partager le repas du soir, juste eux deux dans un restaurant.
Elle s’empresse d’accepter et Lupo ne faisant jamais les choses à moitié, il l’invite dans l’un des plus beaux restaurants de la piazza Smaradina.
Il se paie même le luxe de se faire escorter par les phalangistes depuis la place jusqu’à Torrescella pour une protection contre quelques pièces. Malgré sa nervosité manifeste qui peut s’expliquer par le réel danger désormais à emprunter les rues de nuit à Ciudalia, Bella réussit à conserver le maintien et la réserve de son rang supposé.

Speranza entend parler depuis le toit terrasse du Boeuf rouge mais elle reconnaît la voix de Borghese qui semble répéter un nouveau rôle.
S/ Qu’est ce qu’il me saoule lui.
S/ Il est sur ma terrasse. Ça devient un vrai moulin c’te baraque. Pas étonnant que Pido se soit fait trouer.
Elle passe par là et se glissant entre les ombres et le dos de l’acteur qui déclame vers la cour intérieure.

La nuit a commencé à tomber et Ettore n’a toujours pas vu d’expédition punitive pointer son museau. Vont-ils attendre la nuit ou ce soir ? D’ailleurs, ce soir, mince, le repas de quartier. Il avait oublié et voilà que les premiers invités ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur nez. Il laisse Sergio en faction et rentre chez eux par la porte de la cour avant de ramener l’arbalète en haut du premier escalier. Il tombe sur Speranza qui lui demande pourquoi il a quitté son poste
E/ Parce qu’on a un repas avec les gens du quartier ce soir.
S/ T’annules.
E/ C’est un peu tard pour ça.
S/ Et pourquoi tu poses cette arbalète dans l’escalier et pas avec toi en bas ?
E/ Pas faire peur aux gens et ça sera plus simple à assurer, l’escalier que la salle.
S/ C’est pas le moment.
E/ Si, tu vois, protéger Pidocchi, c’est aussi avoir des liens et des loyautés dans le quartier.
S/ Je vais aller voir. De toute façon t’es là ?
E/ Moi ? Oui.
S/ Je vais aller voir.
Il lui décrit Azzio, celui qui avait été aperçu par Azzura lors de la capture de Jobelin.

Speranza va surveiller chez les Mastiggia car elle espère qu’ils vont faire sortir de la bouffe en direction du prisonnier qui est certainement retenu ailleurs. La surveillance est adaptée aux tensions actuelles mais aucun serviteur ne sort avec de la nourriture. Comme ce n’est pas le cas, elle se met en recherche du dénommé Azzio et elle commence par Via Mala au cas où il ait choisi de s’offrir une soirée de plaisir et de jeu. A priori, Azzio n’est pas un habitué de ce quartier. Avec ou sans masque, ils ne l’ont pas trop vu par ici. Elle apprend toutefois que Cirillo, l’ancien souteneur de Gina que Speranza avait dévêtu et attaché, avait quitté Ciudalia.
Les affaires tournent au ralenti et les clients se font rares.
N’ayant pas davantage d’informations exploitables, elle retourne dormir dans l’une de ses cachettes.

Ettore se retrouve à nouveau le seul Compari à accueillir les quelques invités qui semblent plus confiants que l’avant-veille. Il commence à pouvoir leur parler sans qu’ils se sentent intimidés d’être en sa présence. Il en profite pour prendre des nouvelles sur les problèmes de leur environnement. Il partage avec eux quelques informations sur la présence des Carpone et les aléas des relations de voisinage. La soirée se passe finalement sans encombre.
E/ N’hésitez pas à remonter les problèmes et on verra ce qu’on peut faire ou pas.
La soirée dure à peine plus que le repas et ensuite il peut rejoindre Sergio qui finira avec lui la veille. Sans nouvelles des Mastiggia, ils finissent par renoncer à cette garde en se disant que c’est pas pour cette nuit. Il renvoie Sergio chez lui et rentre ensuite se coucher et puisque Pido dort chez lui, il occupe le lit de ce dernier pour la nuit.

De retour en pleine nuit, Lupo fait le point dans l’arrière cour du Boeuf rouge avec Bella de ses divers ressentis de la journée, ses impressions. Bien qu’elle n’en touche pas mot, il est évident pour le Compari qu’elle redoute le moment de rejoindre le monde des souriceaux après cette journée de rêve.
L’objectif de lui donner confiance en elle est en bonne voie pour Lupo qui lui dit qu’ils vont trouver ensemble quoi faire de sa vie.
Elle fait tout pour prolonger ce moment, ne pas le quitter et il met fin à son supplice en l'invitant à le rejoindre dans sa chambre. Le soulagement de cette cendrillon est perceptible à chaque marche. Il vérifie que la propriétaire des lieux n’est pas dans son placard avant de l’inviter à rentrer dans la chambre.

Avant de se coucher alors qu’une Bella exténuée se plonge avec ravissement dans un vrai lit pour la première fois de sa jeune vie, Lupo se remémore le courrier de Clarissima Ducatore.
L'enveloppe décachetée révèle une courte missive et un carton d'invitation aux armes de la famille Ducatore et au nom de Giovani Solebrosso.

Lupo parcourt le billet :
Cher poissonnier,

Vous trouverez avec cette missive une invitation à la réception donnée le soir des élections.

Les Solebrosso sont des clients suffisamment importants pour y être invités et suffisamment roturiers pour y être ignorés. Et ce Giovani est l'invité inventé pour l'event.

Faites en bon usage.


Jour 35 - Une élection pour deux podestats

Tôt le matin, Ettore est d’aplomb pour commencer ses exercices. Jour d’élection donc jour férié et festif autant que le prix des denrées le permet et les circonstances économiques et la chape de plomb des enjeux politiques du moment.
Les feux des forges sont éteints, les boutiques sont fermées. La ville est calme mais morte au lieu de la liesse habituelle d’une journée habituellement festive. Chaque clan jauge les autres et le racket des phalangistes n’améliore pas l’humeur de la population.

Ettore doit un peu montrer les muscles et proposer un peu de monnaie pour qu’ils aillent embêter les gens dans un autre quartier. Quand les gens payent le Pizzo, ils ont droit à la protection d’Ettore. Si pour ça faut causer poliment mais virilement avec une dizaine de phalangistes, il s’appuie sur Sergio pour faire un groupe convaincant, amical et dissuasif. Il est en terrain connu.

Dans la matinée, Pietra vient prévenir Pidocchi que les putes viennent payer le pizzo.
Vu qu’il n’est pas en état, il délègue à Pietra.
p/ Ben ouais mais enfin bon, non.
P/ Je vais pas descendre. Je suis pas disponible, laissez moi me reposer
p/ Ça me ferait bizarre, je peux pas dire que tu feras ça demain ou alors je vais chercher Lupo chez Speranza ?
P/ Lupo ou Ettore ?
p/ J’ai vu Ettore partir faire son tour mais pas Lupo.
P/ S’il est là, oui.

Elle monte à l’étage

Lupo st réveillé par de l’eau froide sur le visage suivi de la bassine lancée par une Pietra en furie.
p/ Salopard ! connard !
Lupo émerge difficilement
L/ Speranza, pas le matin.
Elle continue de l'agonir d’insultes avant de repartir en claquant la porte
Bella, réveillée également en sursaut, ne sait pas comment réagir.

L/ Au moins il n’y a pas eu de coup de poêle aujourd’hui.
Elle sourit, gênée et contente néanmoins du départ d’une concurrente.

Vu que la servante n’est pas venue juste pour lui lancer de l’eau, il s’habille et descend aux nouvelles alors que Bella reste dans le lit pour profiter d’un rare confort jusqu’au dernier moment.

Toujours couché, Pidocchi a entendu Pietra descendre de façon précipitée les escaliers en jurant. Quelques temps plus tard, la tête de Lupo apparaît au chambranle de la porte.
P/ Du monde en bas pour toi.
L/ Pour moi ?
P/ Non, les professionnelles qui viennent apporter leur pizzo.
L/ Que ne ferais-je pour mon ami.
L/ Je vais voir ça et je reviens te faire le point.
P/ D’accord pour le point.
L/ T’aime bien compter les picaillons.

Il descend et découvre Azzura et Gina attablées dans un coin.
L/ Salut les filles.
a/ Tiens, Lupo, c’est toi qui t’en occupe, pas Pidocchi ?
L/ Il est occupé, je fais ça à sa place. Vous buvez quelque chose ?
Elles sont déjà servies alors il va se prendre un pichet et revient causer des comptes.
Si Azzura a été surprise de le voir, elle se reprend et lui sourit mais Gina semble tracassée, sans doute déçue que ça ne soit pas Pidocchi qui soit venu en personne suivre les affaires. Pendant qu’Azzura cause des affaires, Gina est toujour préoccupée. Il laisse Azzura causer argent tout en faisant signe à Gina qu’il a compris qu’elle avait autre chose à lui dire.
azzura/ C’est bon pour nous. Autre chose à voir ?
L/ Non, je ne crois pas. T’as été assez claire. Par contre, je crois que Gina et moi on se connaît pas trop vu qu’elle est nouvelle, j’aimerais bien lui parler.

L/ Des choses dont tu veux qu’on parle ou juste faire connaissance ?
Voilà Lupo qui se présente à la nouvelle qui lui refait l’histoire de son parcours et ses changements de quartier à la suite de Renata.
Il entretient la conversation jusqu’à ce que Azzura ait autre chose à faire ou qu’il lui indique de prendre congé pendant qu’ils papotent.
a/ Je vais vous laisser.
L/ Merci Azzura.
Gina fait un signe de tête et reste pour causer de façon plus franche et claire entre les deux.
Quelque chose qui va pas ? Un truc que tu dois voir avec Pido ?
Je voulais dire quelque chose à Pidocchi. Avant hier, Jobelin s’est fait arquepincer par des types qui sont venus l’enlever.
L/ Pas au courant.
Elle lui explique l’ensemble de ce qu’elle sait pour conclure.
g/ Je me souviens qu’à un moment y’a Azzura qui a dit qu’ils l’avaient attaché. Ses poignets sont effectivement rouges d’avoir été serrés avec une corde mais quand elle est sortie de la chambre, elle n’avait pas les poignets rouges.
L/ Tu penses que c’est une mise en scène.
Elle hoche la tête.
L/ Excuse moi. Suis moi.

il monte à l’étage avec Gina
Pietra le fusille du regard en le voyant monter avec encore une autre femme.

Pido n’a pas bougé de son lit, il est assoupi quand les deux débouchent dans la chambre qu’il occupe et ouvre un œil.
P/ Gina ?
L/ Elle a un truc important à te dire
La jeune femme répète la même chose à propos de l’enlèvement de Jobelin.
Lupo surveille la jeune femme pendant son récit pour savoir si son histoire est crédible.
L’histoire reste la même et la jeune femme est assurée quand elle regarde Pidocchi elle soutient son regard. C’est décousu car elle n’a pas l’habitude de structurer un discours mais justement cela confirme qu’elle ne répète pas une histoire apprise.
P/ Ça mérite récompense.
g/ Je fais pas ça pour être récompensée.
P/ Merci. On va en tenir compte.
g/ Renata m’a dit que Azzura était très entichée de ce Gentile. Je devais faire attention à elle et vous prévenir.
P/ Merci Gina.
L/ Bonne journée à toi.
Elle les salue et redescend les escaliers
L/ T’en pense quoi ? Action immédiate ou différée ?
P/ Si ils l’ont retourné, c’est pas possible de conserver un point faible.
L/ Plusieurs moyens de se débarrasser du point faible.
P/ Entre on se débarrasse et il dégage de lui même y’a plusieurs niveaux.

C’est le moment que choisissent Ettore et Speranza pour revenir vers le Bœuf chacun de leur côté.
Les quatre finissent dans la chambre d’Ettore occupée par Pidocchi.
E/ Enfin, tous les Compari sont encore vivants. Je bouge pas de là où je suis.
P/ On causait du cas Azzura.
S/ Fallait lui donner une leçon.
L/ Salut toi.
P/ Les quatre Compari dans la même pièce, quel jour merveilleux.
Elle se barre.
P/ Reviens.
L/ On parlait d’Azzura, ton avis est important
Elle revient sur ses pas.
Pido fait un résumé de l’information.
L/ Quelle petite salope.
S/ Je sais à qui je vais demander où est Jobelin.
L/ Nous on veut s’en débarrasser.
E/ Je vais m’en charger.
S/ D’abord on l’interroge.
P/ Je suppose que je suis pas compris dans ce on ?
E/ Non. Toi, tu dois pas bouger.
L/ T’es un vrai chef.
P/ Je devrai être remis sur pieds dans quelques mois.
L/ Tu comptes déléguer ?
P/ J’ai déjà commencé.
L/ Bien content que tu m’aies délégué la trésorerie.
P/ Le recueil du pizzo.
L/ Il manque rien.
S/ Bon, on va s’occuper d’Azzura ?
E/ On y va.
La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.
Albert Camus
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Re: [CR] Quattro Compari - aventures à Ciudalia, d'après le roman Gagner la guerre (motorisé sous Epées & Voleurs)

Message par Doji Satori »

AVERTISSEMENT : assassinat d'une femme sans filtre et sans voile - mutilations post mortem
 

Épisode 89 – Un vote sur deux


Speranza s’engage en première chez les filles en passant par les toits et indique à Gina qu’elle a sûrement des courses à faire. Cette dernière s’exécute sans demander d’explications.  

Ils entrent sans frapper dans la chambre d’Azzura qui pousse un cri de surprise.
Elle bredouille apeurée par l’intrusion même si elle a reconnu les intrus.
a/ Qu’est ce qui se passe ? Ils sont revenus ?
a/ Vous avez des nouvelles de Jobelin ?
E/ Ils ont pas l’intention de le rendre.
a/ Ah mince.
E/ Si ils se mettent à tuer des gens de chez nous, on va tuer des gens de chez eux.
a/ Ils l’ont tué ?
E/ Quand on demande qu’il le rende, il disent qu’ils peuvent pas. Ça sent pas bon.
S/ Déjà tu vas nous redire ce qu’il c’est passé. Les gars, les cordes, tout le déroulé.
a/ C’était avant hier, une soirée normale. Jobelin depuis qu’il filtre en bas ça se passe mieux et c’est plus sûr, surtout qu’il y a plus les phalangistes qui viennent. Même s’il y a moins de clients, on garde les habitués du quartier et y’a quelques gens qui viennent pour Gina.
Elle gratte nerveusement son poignet encore rouge.
a/ Il a fait monter un client pour moi, Azzio. Et j’étais content de le voir parce que c’est un ami de Gentile.
E/ Ah bon, c’est un ami de Gentile ? Tu sais ça d’où ?
a/ Ben, il est venu plusieurs fois avec Gentile. 
E/ Et vous faisiez des parties à trois ?
a/ Ben non. Il allait avec Renata. 

Une fois qu’on était là, il m’a dit de me taire et de m’asseoir sur le lit si je voulais que ça se passe bien pour moi. Il a passé une corde à la fenêtre et deux gars sont montés. Puis entre ceux d’en bas et ceux de ma chambre ils se sont battus pour capturer Jobelin qui s’est pas laissé faire. Gina a pris des coups en voulant le défendre. Jobelin était pris puis emmené et Gina a été prévenir les souriceaux.
S/ Ouais mais à quel moment tu t’es fait attacher ?
a/ Ben au début.
S/ Si tu t’es assise sur le lit pourquoi t’as pas prévenu ?
a/ Ils m’ont attaché après.
S/ Et pourquoi pas Gina ?
a/ Elle était avec un client.
E/ T’étais attachée à quel endroit ?
a/ Sur le lit et ils m’avaient mis un bâillon aussi.
Ettore inspecte la chambre en posant des questions mais il note que sa sa voix déjà naturellement trainante a ralenti en parlant de l’attachement sur le lit. Il sort son couteau et joue avec.
E/ Tu l’as jeté la corde ?
a/ Ben non, c’est celle avec laquelle ils sont montés.
E/ Monté avec ? C’était une grosse corde, pas facile de faire des nœuds.
a/ Ben oui, c’était une assez grosse corde, ils m’ont attaché les mains et mis un bâillon.
E/ Tu as le bâillon ?
Elle désigne une culotte et un foulard qu’elle se met d’habitude dans les cheveux.
E/ On va être obligé de tuer Gentile.
Elle se tord les mains et répond d’une voix où perle l’appréhension
a/ Ils étaient venus pour ça, réclamer Gentile. C’est ce qu’il m’a dit Azzio.
S/ Je croyais qu’il t’avait dit de te tenir tranquille.
E/ Pour échanger Jobelin contre Gentile. Mais c’est pas un Compari Jobelin.
a/ Vous pensez qu’ils ont menti ?
Speranza approche et lui met une baffe. La tête part en arrière sous la surprise et un croche-pied l’amène au sol.
S/ Tu te souviens de ce que j’ai dit quand t’as commencé à fricoter avec Gentile. Je t’avais dit de te méfier, qu’il fallait pas que tu te rates. Ça me va pas du tout tes réponses.
Tombée au sol, Azzura se met une main sur sa joue meurtrie et pleurniche.
a/ J’ai fait tout comme tu m’as dit. J’ai plus rien dit.
S/ Pourquoi ils sont venus ? Pourquoi Azzio ? Tu le connais ?
a/ Il est venu quelques fois avec Gentile, Une fois ou deux, il allait avec Renata.
La seconde baffe s’enchaîne.
E/ Pourquoi ils sont venus chopper Jobelin.
a/ Ils sont venus retrouver Gentile.
E/ Y’a pas de rapport entre Jobelin et Gentile.
a/ J’sais pas moi, pourquoi je saurais ?
Elle a peur et elle ne comprend rien. Speranza s’assoit à califourchon sur Azzura.
S/ T’as peur mais pas encore assez. Quand t’as commencé à bavasser avec Gentile j’avais prévu un truc pour toi, te livrer sur le port et les laisser te démonter. Ici vous êtes bien loties.
a/ Ben oui.
S/ TA GUEULE !
S/ Lupo a failli se faire poinçonner pour toi, on vous traite bien et toi tu fricotes avec les Mastiggia, le Gentile, tu les a laissé entrer ici. Je vois sur ton visage que tu nous a trahi.
Elle pleure et hésite à répondre.
Speranza se lève, laissant Azzura se redresser. Elle hésite à se lever et reste assise.
S/ T’as une chance de sauver ta couenne. L’ancien mec de Gina a quitté la ville après ce que je lui ai fait. Raconte tout ce qui s’est passé et sans mentir.
E/ Tu cherches ce que tu vas dire ou tu te dépêches ?
a/ Il m’a pas attaché tout de suite, il a dit que ça serait mieux que je sois attaché par rapport à vous qu’il m’avait attaché, j’ai dit ce qu’il a dit de dire et que c’était bien.
S/ Tu l’as invité ?
a/ Je sais pas où il habite son copain.
E/ Pourquoi ils ont pris Jobelin ?
S/ C’est marrant que ça soit toi.
Ettore rentre son couteau dans son étui en se rapprochant d’elle, puis sans prévenir d’un violent revers la baffe. Le coup la projette en arrière, sa tête heurte violemment le sol. Il la relève pour la mettre en position assise, reste dans son dos et lui met le foulard autour du cou. A moitié assommée, elle ne se défend pas.
S/ Laisse la reprendre ses esprits.
E/ D’accord.
Elle finit par revenir à elle, et sentant le foulard autour de son cou, une peur panique l’envahit, elle se pisse dessus et ses yeux roulent comme une bête aux abois.
S/ Je suis pas convaincue.
a/ Qu’est ce que je peux faire ?
S/ Tu avais tellement peur pour Gentile que t’es allée les chercher.
a/ J’aime Gentile, je l’aime beaucoup.
S/ Au point de nous trahir.
a/ Il a pas été content mais il a pas été méchant ni violent. J’ai rien dit, j’ai rien fait, c’est pas moi qui ai été prévenir.
E/ Je sais pas.
S/ T’es sûre ?
a/ Ben oui, moi je reste dans le quartier, Gina peut vous dire.
S/ Pourquoi on demanderait à Gina ?
a/ Je sais pas où il habite Azzio ni Gentile non plus, ils sont dans le quartier noble, j’y vais jamais moi.
S/ Ils t’avaient pas donné un truc ?
a/ C’est Gentile qui venait, il venait souvent.
S/ Je crois que tu les as aidés plus que tu nous le dit.
a/ J’ai rien fait, c’est pas moi.
S/ Ça sera jamais toi, n’est ce pas Azzura ?
a/ Pitié, j’ai rien dit, je me suis tue.
Il serre davantage.
Elle se débat, griffant les bras qui serrent dans des mouvements désordonnés dérisoires.

S/ Faut la laisser respirer un peu si on veut qu’elle parle.
Ettore relâche sa pression.
S/ Qui est l’intermédiaire ?
E/ T’es sure de ça ?
a/ C’est quoi un intermédiaire ?
S/ Te fous pas de ma gueule, à qui tu parles ?
a/ Renata, Gentile, les gens du quartier.
Elle a du mal à respirer mais ne se débat plus, implorant du regard Ettore placé derrière elle.
S/ Tu nous as menti, encore.
a/ J’ai dit ce qu’Azzio m’avait dit de dire. J’aurais pas dû ?
E/ Non.
a/ Je m’excuse.
S/ Trop tard.
a/ J’ai rien fait de mal.
E/ Ben si.
Ettore reprend sa strangulation et ne s’arrête pas tant qu’il reste un mouvement, une moindre saccade. Les larmes coulent quand elle se débat en griffant les bras, quand l’air manque, que le visage change de couleurs et qu'elle meure sur le sol de sa chambre.
Il ressort son couteau et lui coupe la langue et trace au couteau sur ses joues la croix des vaches.
Le sang coule et les dernières gouttes de vie s’échappent de Azzura.
E/ Tu crois que je devrais aussi faire les yeux aussi ?
S/ Non.
Il emballe le corps dans les draps.
E/ J’irai la poser vers chez les Mastiggia si tu veux bien.

Il va chercher un coffre qui pourrait convenir à la ranger dedans en tassant.
E/ Tu préviens Lupo et Pido ?
En repassant par les toits, Speranza voit que Gina cause avec des filles des manufactures. Elle s’approche discrètement pour écouter ce qui se dit. Cela cause des difficultés financières, de la vie chère pour en venir sur les soirées de bienfaisance des Compari pour aider des gens du quartier, entre les bénéficiaires et ceux qui aimeraient en être. Alors que les deux filles de mauvaise vie de la via Tamborini y sont ordinairement au mieux ignorées, au pire insultées car elles prennent l’argent durement gagné des foyers, voilà que des ouvrières en rupture d’emploi font bonne figure à Gina ! 
Les temps durs redistribuent les cartes. Un bon tiers de la main d'œuvre non qualifiée n’a plus d’emploi dans Benjuini. Les petites mains et trottins autour de Gina en veulent à la ville, aux bourgeois et aux nobles et voient confusément en Gina une proche des Compari, un espoir de mettre sur la table quelque chose à manger.

Speranza siffle pour attirer l’attention de la prostituée.
Gina qui tout en discutant gardait un œil sur la porte de sa maison et n’avait vu sortir qu’Ettore, se retourne, surprise. D’un signe de tête, la Compari qui se tient légèrement en retrait dans l’impasse au couteau lui demande d’approcher. Les ouvrières s’éloignent aussitôt sans moufter. Gina s’approche de Speranza,.
S/ Y’a un peu de ménage à faire et la piaule est disponible si t’as une copine que ça intéresse.
Un temps d’arrêt…. elle hoche la tête.
g/ Très bien.
Un salut d’un signe de tête soumis.
Quand Gina ouvre la porte, elle découvre Ettore entre temps revenu, assis derrière la porte sur un coffre. Sans moufter elle referme derrière elle. Elle remonte et va dans la cuisine. Elle prend de quoi nettoyer, hésite devant la porte d’Azzura pour savoir si elle doit ou non frapper, appréhendant la scène qu’elle va découvrir. Finalement elle clenche et entre, refermant la porte derrière elle.

Speranza rentre dans la maison.
S/ Besoin que je te tienne les portes ?
E/ Une brouette, si tu as. C’est pas lourd mais encombrant.
S/ Tu veux que j’aille chercher l’autre alcoolo ?
E/ C'est-à -dire ?
S/ Sergio.
E/ Normalement, il sait où en trouver, c’est un truc qu’on a beaucoup utilisé ces derniers jours
Elle s’approche de la maison en face du Boeuf rouge où Sergio est de faction devant une fenêtre à l’étage. Il descend lui ouvrir.
S/ Ettore a besoin de toi chez les putes, je prends la relève.
Elle prend la clé, regarde l'arbalète à crémaillère posée contre le mur d’un œil distrait sans y toucher et prend la relève.
S/ Tu traînes pas.
s/ Je verrai ce que me dit Ettore.
Elle constate à peine qu’il n’y a ni à boire, ni d’odeur de vin sur place.

Lupo est resté pour veiller à la sécurité de Pidocchi, cloué au lit et incapable de se défendre. Il guette parfois à la fenêtre mais il ne voit pas de personnes étrangères au quartier.
Ce jour d’élection chômé devrait être festif mais tout le monde semble inquiet et la ville retient son souffle et vit au ralenti.
On annonce de grandes discussions publiques et privées au sénat et l’élection des deux podestats cet après midi ou dans la nuit selon le nombre de tours nécessaires. 
Vu le nombre de personnes qui traînent dans le coin, c’est pas le bon jour pour une action violente.
Lupo en profite pour asticoter Pidocchi encore alité mais ce dernier a encore sa langue pour répondre vertement quand Ettore entre dans la chambre en déposant un coffre.
P/ Tu continues à livrer pour Ducatore ?
E/ T’es mignon mais j’ai déjà fait ta part en plus hier. Cette fois c’est pour Mastiggia.
P/ C’est payé combien ?
E/ C’est cadeau.
P/ Gratuit ?
E/ Ben c’est à eux. Azzura.
P/ Elle a craché quelque chose ?
L/ Un message à transmettre pour qu’ils nous rendent Jobelin ?
P/ On sait où il est ?
E/ Pris par Azzio qui travaille chez les Mastiggia.
P/ Il va être dans quel état ?
E/ Bien sinon Gentile ...
L/ Tu penses que ce coffre va aider à ça ?
E/ C’est un message.
P/ Je peux voir dedans ?
Ettore ouvre le coffre, le penche pour que Pidocchi puisse en voir l’intérieur sans sortir du lit, et les deux autres peuvent constater l’état de le jeune femme morte étranglée et marquée des stigmates des traîtres.
P/ Ah d’accord, très clair, je vois pas quoi rajouter.
E/ C’est pour ça que je viens te demander. Quel mot mettre avec pour qu’ils comprennent qu’il faut nous rendre notre gars ?
P/ Rien.
L/ Si tu en dis, c’est que tu as un point faible sur lequel ils peuvent appuyer.
L/ Si tu veux les emmerder, tu fais livrer ce soir pour la soirée des élections, ça va bien emmerder.
E/ Y’aura trop de monde.
P/ Faut pas trop provoquer non plus.
E/ Tu devrais dormir ailleurs.
P/ Amène moi un brancard. Faudrait que je me mette au vert mais la prêtresse a dit que c’était trop dangereux de bouger, Je risque de perdre des morceaux en route.
E/ Qu’est ce que tu peux faire ? Pas bouger ou pas marcher ?
P/ Elle a dit que les blessures pouvaient se rouvrir. 
Devant la mine d’Ettore, Pidocchi prend sur lui pour remonter à l’étage dans sa chambre. Ettore peut aérer sa chambre et vider les pots de chambre du blessé.
E/ Je dépose ça et je reviens.

Après avoir donné un coup de main pour porter le coffre, Sergio retourne prendre son poste de surveillance et libère Speranza.

Ettore réquisitionne Prefereti pour lui servir de guide dans les quartiers et pour quelques pièces, il se paye les services d’un portefaix. Arrivé à Torresscella,, il congédie le porteur puis va lui-même déposer la caisse non loin du palais Mastiggia sur l’autre côté de la rue et retourne ensuite protéger leur foyer.

Lupo se prépare dans l'après-midi pour la soirée. Il choisit des habits de qualité mais passés de mode pour se composer un personnage. Quelqu’un ayant de l’argent mais pas au fait des dernières tendances vu qu’il viendrait de la campagne. Travailler la posture. Il sait que les Solebrosso de Ciudalia sont des armateurs clients de Ducatore et il veut éviter d’être démasqué comme n’étant pas l’un d’eux.  Il portera le masque pour se rendre au palais mais la réception se fera visage découvert et le maquillage s’impose pour ne pas être reconnu. Il choisit les accessoires pour compléter son costume d’homme d'affaires campagnard sans omettre rapière et main gauche.

Speranza, soucieuse de mettre la main sur Azzio, décide de se rendre piazza Palatino où le sénateur doit se trouver avec son escorte. Elle s’habille bien pour passer pour une jeune fille de bonne famille qui s’intéresse aux affaires de la cité. 
Les palabres traînent en longueur au palais curial. L’après midi s’étire et les votes n'ont pas encore commencé, toute la ville retient son souffle.

En passant devant la chambre de Pido, Bella demande à Lupo ce qu’elle doit faire.
L/ Je croyais que t’étais repartie.
b/ Je fais quoi avec la robe, je la mets dans ta chambre ?
L/ Oui, mets là dans le coffre.
Pendant qu’elle part se changer, il dit à Pidocchi.
L/ Elle m’a accompagnée hier mais tu peux avoir une petite Lupo d’ici quelques mois … années.
Cendrillon a revêtu ses haillons de mendiante et repart vers sa vie d’enfant des rues.
L/ On reprend ton entraînement demain.
b/ A demain.

Speranza arrive sur une piazza Palatina encombrée de centaines de personnes, entre nobliaux de famille secondaire à qui on a refusé l’entrée d’un palais curial comble, bourgeois venus assurer les hommages à leur patron sénateur, domestiques assurant à cet assemblée le boire et le manger et coursiers donnant les dernières nouvelles du sénat. 
Elle arrive à se faire confirmer que Azzio accompagne bien le sénateur Mastiggia.
Personne ne sortira d’ici longtemps. Discussions et reports, ça semble parti pour durer jusqu’à la nuit. Impatiente, elle préfère retourner chez elle se coucher pour œuvrer en soirée.

Ettore et Sergio se relaient pour tenir le poste de surveillance ou pour discuter avec des gens dont les alguazils. Ce soir, Gina ne travaillera pas et la maison des filles reste fermée. Quand il se fait tard et qu’il devient hasardeux de tirer de loin, ils changent de place pour aller protéger leur maison de l’intérieur. Ettore monte discuter avec Pidocchi en laissant Sergio dans la grande salle au cas où. Consigne de ne pas trop boire pour l’instant. Il aura quartier libre plus tard dans la soirée.
E/ Imagine c’est Mastiggia qui gagne ou Ducatore, comment ça se passe pour nous ?
P/ C’est deux familles majeures.
E/ On s’en fout, c’est pour nous que je demande.
P/ Au pire si on a mis en colère une des éminences, on va se mettre au vert comme après l’incendie.
Mais ça serait pas tout de suite.
E/ On peut compter que le premier jour il vont s’engueuler entre eux et si besoin être prêt à décarrer.
P/ Faut des oreilles à la cure pour savoir ce qui se dit. Au cas où ils envoient les patrouille ailleurs.
P/ Si ils envoient les chuchoteurs ? On saura pas.
E/ T’es passé chuchoteur ?
P/ Pas encore. Mais nous on en connaît. Ça peut être moyen d’en savoir.
E/ Faut qu’ils t’en doivent une.
P/ On a un contentieux de trente mille florins mais le plus sage est de faire savoir au Ducatore que la maison n’est plus une affaire. Ça m’arrangerait que ça arrive juste après l’élection.
E/ Ça on peut pas l’écrire et leur palais va être une forteresse.
P/ Celui qui gagne doit se montrer à la foule.
E/ T’as des gens qui pourraient savoir si des trucs se mettent en place pour nous ?
P/ A la cure, Roberto. Facile à trouver, il a ses habitudes dans une cantine pas loin. Je te le décris et tu viens de ma part. Mais un soir d’élections, ça m’étonnerait que les clerc curiaux partent avant que ça soit fait.

P/ Si tu entends parler de Claudio et de ses frangins.
E/ Ils sont partis pour l’hiver.
P/ Si ils ont plus rien à piller, ils pourraient revenir.
E/ Compte pas dessus, ils vont passer l’hiver au chaud. Je vais aller voir Benito.
P/ Comme il vidait les lieux, il aura peut être une bouteille à vider
E/ Il est souvent plus au courant que nous.
P/ Il a de très bonnes oreilles en ville.
Mais chez Benito, personne, il est parti assister aux élections. Il rentre faire une sieste, la nuit pourrait être agitée.

Le soir, Lupo se présente au palais Ducatore une fois qu’il y a assez de monde pour qu’on ne lui prête pas trop attention mais pas trop tard pour ne pas être exclu des groupes déjà formés.
Les sénateurs sont encore au palais donc les invités ont bien les cartons d’invitation mais le sénateur et ses hommes sont absents.

Ettore ramène Sergio au Bœuf et ils conviennent ensemble la tactique à mettre en œuvre en cas d’attaque. Si besoin ils se replieront dans l’escalier pour attendre un éventuel assaut au premier étage pour profiter d’un avantage de position en haut des escaliers.

Speranza change de tenue pour se faire passer pour un page vu qu’il n’y a plus de jeunes filles qui traînent dans le coin à cette heure tardive. Elle fait plusieurs passages aux alentours du palais. Le premier tour n’a rien donné, ça discute et les votes surprennent beaucoup alors qu’on pensait la cause entendue et rapidement jouée.
Bien qu’elle arrive à rentrer dans le palais, elle ne parvient pas à aller plus loin que la grande salle d’entrée. Tout l’accès au sénat et aux coursives est filtré par un cordon de phalangistes. Les nombreux nobles sont accompagnés en permanence par leur propre garde personnelle. La Compari cherche sa cible et ne s’occupe pas des échanges politiques et l’évolution de la situation. Des groupes de personnes au sein du même parti se disputent entre eux.

Lupo est rentré au palais Ducatore grâce à son invitation qui a été vérifiée par des clercs postés à l’entrée. Il fait le nouvel arrivant qui découvre les lieux pour la première fois. Ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’être au palais curial mais voudraient profiter de l’aura d’un potentiel futur vainqueur. Il croise parfois les Solebrosso de Ciudalia mais ne cherche ni à les éviter ni à nouer le contact.
Après une demi-heure arrivent Clarissima et sa cousine Scurilia Rassicari qui évoluent au sein de l’assemblée. Elles passent de salon en salon dont les portes ont été grandes ouvertes pour constituer une enfilade en recevant l’hommage de l’assemblée de clients de la famille Ducatore qui s’empressent autour d’elle.
Elle sourit à Lupo avec un petit air qui lui indique qu’elle l’a reconnu et il salue la maîtresse de maison tel un gentilhomme flatté. Un petit mot aimable avant d’enchaîner vers d’autres personnes et d’autres mots aimables agrémentés parfois d’une petite remarque pleine de sous entendus. Elle joue la maîtresse de maison en l’absence de son père. 

Au Boeuf rouge, tant que les résultats ne sont pas tombés, les gens attendent en buvant pour savoir quel est le projet ou l’avenir de leur ville. Voyant l’heure avancer, Angelo demande les consignes à Ettore.
a/ On ferme ou pas ?
E/ On laisse ouvert, ceux qui sont du côté des gagnants auront envie de boire.

Vers minuit après un troisième tour, une rumeur parcourt la foule dans le grand hall du palais Curial. Des cris de joie et de déception parcourent différents les groupes assemblés. Il y a des contents et des mécontents et parmi ces derniers toute une troupe de gens de la maison Mastiggia qu’elle identifie grâce à la présence d’Azzio. Ils quittent précipitamment le palais curial en fendant la foule, écartant sans ménagement les opportuns sur leur passage.
Elle leur emboîte le pas d’assez loin. Ils rentrent au palais Mastiggia tout en surveillant devant et derrière. Elle revient au Bœuf pour prévenir Ettore qu’elle a logé Azzio mais pas de traces de Jobelin.

La nouvelle tombe au palais Ducatore et au Boeuf rouge : est élu podestat Militaire le sénateur Ettore Sanguinela. Que Tremorio Mastiggia ne soit pas élu est plutôt une bonne nouvelle pour le parti souverainiste. 
Pour le poste de podestat civil, il ne reste que Leonide Ducatore face au candidat ploutocrate, le sénateur Rappazoni. On s’attendait pourtant à ce que Ducatore laisse un autre sénateur de sa faction porter la candidature des souverainistes compte tenu du scandale qui secoue sa maison.

 
La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.
Albert Camus
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