Bim bam boum (jamais chat GPT ne commencerait comme ça, seul Bébel osait), je commence à décortiquer notre dernière session, que j'ai trouvée à la fois super fun, très plaisante et instructive. J'ai un peu trifouillé le moteur pour celle-ci vous verrez, j'ai essayé de garder une certaine dynamique et, surtout, de faire tenir en deux heures/deux heures et demi un truc qui aurait pu facilement en durer le triple. Enjoy !
Épisode 19 — Partie I : Le cirque de l'hiver
Loxias était anxieux, chose rare. Polaris n’était pas revenu alors que les plus hauts sommets de l’Échine blanchissaient déjà. C’était la troisième nuit que son neveu partait seul, en reconnaissance, tout juste accompagné de Boy, dans l’espoir de revenir au matin les abreuver de précieux renseignements, renseignements sans lesquels toute tentative serait vaine. Ils se feraient écraser comme des mouches.
Depuis qu’ils avaient trouvé le camp d’Isaar il y a trois jours de cela, Loxias n’avait presque pas fermé l’œil. Toutes ses heures passaient à réfléchir, prier Helm et assurer les abords du petit surplomb sous lequel ils se cachaient, lui, Anatole et Polaris, Gunvald et Mjenir, Abab et cinq autres des plus valeureux guerriers de cette tribu loyale qu’ils accompagnaient dans cette folle aventure. Onze. Onze contre cent. Voilà l'équation qui l’empêchait de dormir. Il avait eu beau raviver en sa mémoire, grâce à de lointaines lectures, les plus glorieuses épopées des chevaliers saints, à sa connaissance jamais pareille bataille n’avait été menée auparavant. Les dieux de la guerre auxquels il était voué depuis son départ du Val le mettaient là face au plus grand défi qui aurait pu se concevoir. À moins qu’ils lui imposassent, tout simplement, de mourir en héros dès demain.
Les vains sacrifices n’étaient pas leur genre, pourtant, et il y avait bien un moyen, une maigre possibilité, une éventualité si lointaine que l’avoir pu concevoir était déjà un exploit. Seulement, elle nécessitait une qualité d’exécution au-delà du raisonnable. Rien ne pouvait rater. Le moindre coup de vent, le moindre cri de loup, la plus petite pincée de sel qui viendrait gripper les rouages du plan si patiemment échafaudé les enverraient droit à la mort. Il s’y était préparé.
Mais Polaris ne revenait pas. Loxias savait bien que le premier écart suffirait. Aucun dieu, jamais, ne lui avait rien garanti. Mais si vite ? Le jour à peine levé ? Son arme encore au fourreau ? Il battit des pieds pour se réchauffer. Le froid l’engourdissait des orteils aux oreilles. Il se sentit flancher un moment mais se ressaisit bien vite, et récapitula pour lui-même une dernière fois la situation.
Isaar et son clan hérétique étaient terrés dans un vaste cirque, entouré de belles falaises, qui n’offrait que deux accès, deux défilés étroits, l’un au nord-est, en plateau déclinant, l’autre au sud-ouest, abrupt. Le camp était installé sur un lac gelé et ses rives alentours. Une caverne au nord abritait les prisonniers pour la nuit ; de jour, les plus faibles d’entre eux étaient forcés à pêcher la truite phalangée en brisant la glace pour nourrir les hommes d’Isaar, tandis que les plus robustes s’épuisaient aux travaux de construction d’une structure, probablement un temple encore à l’état d’ébauche, sur la rive nord-ouest, au pied de la plus haute falaise. Une large pile de grumes pourvoyait le bois fort, une haute pile d’osier les éléments souples, dont étaient faits les tentes du camp ainsi que le chenil d’une vingtaine de bêtes, lui placé devant la caverne pour mieux surveiller les prisonniers. Au-dessus du temple, difficilement accessible, un ancien sanctuaire des géants semblaient exciter leur intérêt.
La configuration des lieux rendait l’infiltration impossible. S’en prendre à Isaar seul était exclu. Laisser les prisonniers à leur triste sort, inenvisageable. La seule solution, que Loxias tournait et retournait dans sa tête, était ainsi la suivante : attirer les hommes sur le lac, briser la glace, prier les dieux.
Toujours pas de Polaris à l’horizon. Loxias se passa une main sur le haut du crâne. Ses yeux le piquaient. Sous le surplomb, Anatole était encore occupé à ses préparatifs, le dernier atout dans leur manche. Loxias comptait beaucoup dessus. Le fumet discret des truites lui parvenait par à coup, selon les caprices du vent. Il ferma les yeux un instant.
« Mon oncle ?
— Polaris ! Je t’avais ni vu ni entendu.
— Eux non plus. Tout est prêt.
— Le loup de l’hiver ?
— Toujours là.
— Et… les deux dragons ?
— Également. »
Loxias se rembrunit. « Si le plan d’Anatole ne fonctionne pas, tout est perdu. »
*
Très chouette mise en place d’un truc parfaitement hors scénar, donc, enfin presque : Isaar est bien décrit comme le chef d’un clan du Reghed devenu fou, mais je trouvais que le plan d’un camp typique ne rendait pas honneur à ce que j’envisageais. J’ai donc considérablement élargi le scope et proposé à nos héros un cas de figure encore inédit pour eux dans cette campagne : les mettre face à une situation impossible, mais leur laisser le temps de l’analyser à fond pour y trouver des failles, des trucs à faire, des leviers à actionner pour se donner des avantages inespérés. J’ai donc placé là une bonne soixantaines de figurants, un paquet de gros costauds du genre « mangeurs de chien » mais deux fois plus, une sacrée sorcière, Isaar qui à lui seul représente un joli défi, et puis j'ai ajouté une meute de chiens menée par un loup de l’hiver pour faire bonne mesure et comme ce n’était toujours pas assez, j’ai ajouté deux dragonnets blancs — les plus affûtés d’entre vous auront peut-être compris que j’ai ainsi mélangé un camp du Reghed avec la « cave des berserkers ». Autrement dit : impossible.
Mais ! Avec Passage sans trace, invisibilité et la hutte de Leomund, nos amis avaient le temps et la possibilité de bien se renseigner, ce dont j’ai tenu compte. Ils ont pu ainsi, pendant trois nuits, reconnaître très précisément les lieux et échafauder un plan. Comme je ne voulais pas qu’ils arrivent ensuite épuisés, sans sorts et sans dés de vie, pour la bataille finale, je les laissais bénéficier des repos longs, mais avec malgré tout un petit twist : chaque nuit de reconnaissance, ils ont dû me faire un jet de sauvegarde de constit. Un échec donnait un niveau de fatigue.
Au fil des reconnaissances, qui dura trois nuits, donc, ils ont claqué TOUTE leur inspi, dont ici Loxias pour ne pas se foirer sur son jet de fatigue, Polaris pour ne pas se faire repérer à un moment critique (face aux dragonnets je crois bien), et Anatole pour concocter son plan machiavélique, que nous découvrirons à l’épisode suivant. Ils allaient donc arriver à poil pour la grosse bagarre et n'en menaient pas trop large.