Je n'y peux rien : je suis fasciné par le mythe du
Kraken. C'est comme ça, il faut que je fasse avec. Aussi quand surgit inopinément du fond de l'océan un film ayant pour titre "
Kraken : l'Oeil des Abysses", tout nanardesque qu'il ait l'air d'être, je n'ai pas le choix : il faut que je le vois.
Kraken : l'Oeil des Abysses, c'est donc le fils improbable d'"Octobre Rouge" (mais sans défections à l'ouest, et sans Sean Connery), la "Tour Infernale" (mais sans la tour), les "aventures du capitaine Cousteau dans la fosse des Mariannes" (mais sans le Capitaine Cousteau, et sans la fosse des Mariannes), et avec un Kraken.
Le pitch ? Bon, c'est presque un spoiler quasi intégral de l'histoire, mais allons-y : j'aurais pu écrire ces lignes juste en ayant connaissance du titre et de l'affiche, je ne me serais pas trompé. Aussi : des scientifiques suédois mènent des expériences sur la banquise. Leur camp est ravagé par des événements sous-marins pour le moins inhabituels, événements au sein desquels un sous-marin russe qui (quelle coïncidence) passait par là par hasard disparaît alors des radars, expulsant fort opportunément sa balise de secours jusqu'à la surface. Un autre sous-marin russe part alors à la recherche du premier, et retrouve la balise et les scientifiques rescapés. S'engage alors une exploration sous-marine, en glissant entre les pa-pattes du kraken - en passant par une plateforme pétrolière, un cimetière de vaisseaux échoués au fond de l'océan, une fosse sous-marine, un repère de kraken.
Au final, quasi tous les poncifs du genre y passent. Le scénario est bien trop linéaire et manque cruellement de pression (un comble pour un film se passant majoritairement sous l'eau). Les effets spéciaux (des baleines jusqu'aux sous-marins) sont vraiment d'un autre âge (et semblent presque sortis des années 1990, pour tout dire, alors que le film date de 2025), même si ce qu'on voit du kraken s'en sort à peine mieux (vu qu'on n'en voit souvent pas tant que ça, et que ces passages sont fort heureusement plus évoqués avec des jeux d'ombres et des apparitions en avant/arrière plan relativement fugaces). Les sous-mariniers russes ont tous une tenue bleue pâle toute-lisse qui fait plus penser à des tenues de prisonniers ou des techniciens de surface qu'à des militaires (mais je n'en sais rien, c'est peut être la dotation standard des sous-mariniers russes de nos jours). Le film est bien trop long (un peu plus de 2h), avec des passages à vide, et beaucoup trop de personnages interchangeables.
Si ce n'est pas totalement nanardesque (le film se prend relativement au sérieux), ce n'est toutefois pas très bon. Avec le budget associé (c'est considéré comme un blockbuster en russie), il aurait été facile de faire bien mieux - un peu plus de mystères, de références voire de passages historiques - peut-être une introduction rapide, quelques siècles plus tôt (alors que légendes et mythes sur le sujet sont à peine survolés grand maximum ... 3 secondes pendant tout le film), un montage plus resserré, un peu plus dramatique, une fin moins attendue qui aurait gagné à être différente ... bref, il y aurait eu de quoi faire - et bon sang, appelez-moi en tant que consultant quand vous faites un film de ce genre.
Bref : il y avait un kraken, un gros, très gros, avec des tentacules de partout, alors je n'avais pas le choix que de voir ce film.